Les devises émergentes restent vulnérables à des chocs externes

La chute des prix du pétrole a entraîné une dépréciation de l’ensemble des devises émergentes, au-delà du rouble, et un rebond de la volatilité.
Patrick Aussannaire

La chute des prix du pétrole qui s’ajoute à la perspective d’une remontée des taux aux Etats-Unis engendre un regain de volatilité sur les devises émergentes. L’indice Bloomberg retraçant l’évolution d’un panier des 20 principales devises des pays émergents cédait 1,2% hier. Depuis début septembre, l’indice est en recul de 12%, avec une dépréciation du rouble de 94% contre dollar, du real brésilien de 22%, de la livre turque et du rand sud-africain de 10%, de la roupie indonésienne de 9%, du won sud-coréen de 7% et de la roupie indienne de 5%. «Trois facteurs ont pesé sur le marchés des changes cette année: la hausse du dollar, l’affaiblissement de l’appétit pour le risque de change, et plus récemment les effets de la baisse du prix du pétrole», rappelle ainsi Barclays.

Parallèlement, sans revenir sur ses pics de mi-octobre, la volatilité implicite à un mois des taux de change contre dollar a progressé de 82% pour le real, de 65% pour la livre turque, de 72% pour le won, de 71% pour la roupie indonésienne, et a même plus que quadruplé pour le rouble depuis le début de la chute des prix du pétrole début septembre.

Dans ce contexte, la banque centrale turque a indiqué hier que, suite à la dépréciation de la livre, elle assurera directement à partir d’aujourd’hui les besoins en change des entreprises d’Etat importatrices de matières premières. Elle a également resserré ses conditions de liquidités en contraignant les banques à payer un taux de 11,25% lors de ses opérations au jour le jour, faisant grimper les taux vers le haut de la fourchette cible.

«Actuellement, seulement la moitié des pays émergents ont enregistré des entrées nettes de capitaux sur les douze derniers mois: la Chine, l’Indonésie, l’Inde, le Brésil, le Mexique, le Chili, la Turquie, l’Afrique du sud et la République Tchèque», rappelle SG CIB. Parmi ceux-ci, une part importante de capitaux nets entrants reçus en Chine, en Indonésie, en Inde, au Brésil, et au Chili provient d’investissements directs étrangers moins volatils et moins risqués. A contrario, la Turquie et l’Afrique du Sud ont reçu des flux nets plus spéculatifs et sont ainsi plus exposés à un choc externe. En revanche, Fitch estime que la baisse des prix du pétrole pourrait détendre la pression externe pour les pays importateurs de matières premières tels que l’Inde ou la Turquie.

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