Les créanciers juniors des banques irlandaises prennent leurs pertes

L’offre d'échange décotée d’Anglo Irish a reçu un taux de réponse de 92,5 %. AIB devra aussi mettre les porteurs subordonnés à contribution
Alexandre Garabedian

Anglo Irish Bank a réussi à tordre le bras de ses créanciers obligataires subordonnés. La banque, qui avait lancé des offres d’échange sur trois lignes avec des décotes de 80% sur le pair, a recueilli un soutien massif, selon les résultats publiés hier. Sur la ligne 2014, d’un nominal de 325 millions d’euros, les porteurs ont apporté pour 307 millions de titres à l’offre; sur la ligne 2016, l’apport représente 459,5 millions sur 500 millions. L’offre sur la ligne 2017 avait permis d’échanger en novembre 690 millions sur un total de 750 millions.

En cumul, le taux de réponse avoisine les 92,5%, ce qui permettra à Anglo Irish d’engranger un gain en capital de 1,2 milliard d’euros. Et pour cause: les offres incluaient une «sweeper clause», qui permettait à la banque de racheter quasiment à prix nul les créanciers juniors ayant gardé leurs titres.

La menace de certains obligataires de se constituer en consortium pour bloquer chacune des offres a aussi fait long feu. «C’est sans aucun doute lié à la nouvelle législation irlandaise, qui donne de larges pouvoirs aux autorités pour imposer des pertes aux porteurs subordonnés», rappellent les analystes de CreditSights. Le texte, adopté ce mois-ci, permet au gouvernement d’altérer les droits des créanciers, et de forcer une restructuration de la dette subordonnée, notamment si des offres d’échange volontaires n’ont pas produit les résultats escomptés (L’Agefi Quotidien du 15 décembre).

La mise à contribution des créanciers juniors des banques est une tendance de fond. Bank of Ireland a déjà lancé une offre d’échange, sur base volontaire, sur 1,5 milliard d’euros de titres avec des décotes allant de 42,5% à 54% du pair. Allied Irish Bank (AIB) devrait suivre. Car en approuvant hier les mesures de soutien aux banques irlandaises, la Commission européenne a explicitement posé comme condition à son feu vert « un partage des charges approprié entre les actionnaires et les détenteurs de titres de dette subordonnée». AIB, qui sera recapitalisée à hauteur de 9,8 milliards d’euros, affiche 4,5 milliards de dette subordonnée.

Outre l’Irlande, l’Allemagne a aussi voté une loi restrictive pour les créanciers juniors. Les marchés ont pris acte de la nouvelle donne. L’écart entre les CDS sur les dettes bancaires subordonnées et seniors, mesuré par les indices iTraxx, atteint 175 points de base, contre 53 pb le 28 octobre.

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