Le marché réévalue le risque de ce secteur clé. D’importantes dépréciations supplémentaires sont attendues
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Philippe Mudry
Lehman Brothers saura dans quelques heures si ses résultats mettront un terme au jeu de massacre dont il est victime en Bourse depuis vendredi. Avec Goldman Sachs, et avant Morgan Stanley mercredi, la banque d’investissement a le redoutable honneur d’ouvrir la période des résultats bancaires pour le premier trimestre de l’exercice 2008 dont les analystes attendent le pire. A cela deux raisons : d’abord, ils anticipent de nouvelles dépréciations d’actifs importantes, sur l’ensemble des classes de financements à risques, ensuite une baisse très significative de l’activité dans la plupart de ses composantes clés.
Dans le cas de Lehman, le consensus s’attend à une baisse du résultat par action de 60 %, pour une baisse du produit net bancaire de 35 %. En attendant, le marché dérivé ne lui fait guère de cadeau : le coût de la protection contre le risque de défection du courtier a grimpé hier de 40 pb, à 490 pb, tandis que le rendement de son obligation 2012 a bondi de son côté de 72 pb à 573 pb.
Sur le chapitre des provisions et dépréciations, les analystes de CreditSight anticipent un effort ce trimestre s’étageant de 1,4 milliard de dollars supplémentaire pour Goldman Sachs et Lehman Brothers à 2,9 milliards pour Morgan Stanley. Les financements LBO, auxquels les deux premières banques sont très exposées, seront particulièrement surveillés. Si les indices de marché, comme le LCDX, évoquent une valorisation de 91,15 cents pour un dollar, d’autres méthodes pointent vers des chiffres inférieurs. C’est sur ce segment que Goldman Sachs est particulièrement attendu.
Autre gros point noir, l’immobilier résidentiel et commercial : d’importantes dépréciations, dépassant 2 milliards pour Morgan Stanley, sont attendues pour tenir compte de la chute des indices de marché. Les portefeuilles de CDO adossés à d’autres actifs devraient enfin valoir leurs lots de dépréciations, pouvant aller jusqu’à 350 millions de dollars pour Lehman Brothers.
Côté recettes, le paysage ne devrait pas non plus être des plus riants : mis à part le trading pour compte propre, qui peut toujours réserver des surprises, bonnes ou mauvaises, tous les moteurs traditionnels de la banque d’investissement ont tourné au ralenti ces derniers mois. Qu’il s’agisse des fusions-acquisitions et du marché primaire actions, dont les volumes ont baissé d’un bon tiers, des prêts aux fonds de LBO et aux hedge funds, du marché de la dette à haut rendement (quasiment mort), sans parler du secteur de la titrisation, le premier trimestre n’aura rien de comparable avec les précédents.
En conséquence, l’ajustement devrait se faire par les effectifs. Certaines annonces spectaculaires ont déjà été faites, comme dans le cas de Lehman Brothers qui supprimera 5 % de ses effectifs , soit un peu moins de 1.500 personnes après, déjà, 4.000 suppressions d’emplois l’an dernier.
La réactivité des banques d’investissement demeure, d’ailleurs, leur meilleur atout. Dans une note publiée hier, l’agence de notation financière Moody’s juge que Lehman a « bien mené sa barque » pour l’instant, et que sa gestion de la liquidité était « robuste ». Mais bien que maintenant la notation de Lehman à A1, l’agence relevait aussi la « forte volatilité du facteur confiance » dont souffre aujourd’hui la banque d’investissement et ses conséquences sur son modèle de financement, indépendamment de la qualité des actifs sous-jacents.
De fait, relève Brad Hintz, analyste chez Alliance Bernstein, dans une note à la clientèle, investir aujourd’hui dans un grand courtier de Wall Street, même fortement capitalisé, « revient à prendre un pari sur le redressement de la confiance dans les marchés de crédit qui essuient leur plus formidable tempête depuis des décennies ».
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