Les contrats à terme sur la dette française fêtent avec succès leur deuxième anniversaire
Décriés pendant la campagne présidentielle de 2012, ils sont aujourd’hui largement appréciés par les investisseurs français
Publié le
Solenn Poullennec
L’attaque spéculative contre la France, redoutée par François Hollande en 2012, n’a pas eu lieu. En pleine campagne, le chef de l’Etat s’était insurgé contre le lancement par la Bourse des dérivés allemande, Eurex, d’un contrat à terme sur la dette française. «L’introduction en Allemagne d’un outil de spéculation sur la dette française est inacceptable en France. Ici, l’Autorité des marchés ne l’aurait jamais admis. Ça fera l’objet de discussions avec le gouvernement allemand et les autorités européennes», avait-il déclaré au JDD.
Deux ans plus tard, le contrat à terme connaît un succès croissant tandis que les rendements sur les titres d’Etat français à 10 ans ont perdu 100 points de base. «Le contrat 10 ans marche plutôt bien. On en est à environ 50.000 lots par jour. Cela commence à fournir une profondeur de marché assez substantielle», explique Thierry Sarles, responsable de la gestion de taux chez CPR AM. «On est très très loin du contrat allemand, à 700.000 ou 800.000 lots par jour», relativise le professionnel, mais«cela n’est pas étonnant qu’il y ait un tel décalage après près de dix ans d’absence de la France sur ce marché».
Les gérants se félicitent de pouvoir faire des arbitrages sur la courbe des taux française et de couvrir facilement les expositions qu’ils prennent sur la France. Alors que les contrats sur la dette française avaient disparu avec le Matif, les gérants ne pouvaient utiliser que les contrats sur le Bund qui remplissaient mal leur rôle de couverture quand les taux français et allemands divergeaient. «On aurait pu penser qu’à partir du moment où il y aurait une meilleure corrélation entre le Bund et l’OAT il allait perdre de son intérêt mais ce n’est pas du tout le cas», explique Raoul Salomon, responsable spécialiste en valeur du Trésor chez Barclays. «C’est extrêmement compliqué à mesurer mais s’il y a un impact sur la dette française, ce n’est que positif», ajoute-t-il.
«L’intérêt pour ce contrat devrait continuer à croître. Le fait que la note de la dette française se stabilise permet aussi d’attirer les investisseurs alors qu’il n’y a plus beaucoup de rendements sur l’Allemagne», estime Hervé Le Téno, de Newedge.
En revanche, tous s’accordent à dire que le contrat 5 ans sur la dette française lancé par Eurex l’année dernière n’offre pas une bonne liquidité. D’aucuns arguent qu’il faut lui donner un peu de temps, d’autres soulignent que cette maturité n’a jamais été très attractive.
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