Les banques privées des marchés émergents jouissent d’une prime à l’acquisition
Le phénomène de concentration agite toujours la banque privée. Hier, Falcon Private Bank, un gérant de fortune suisse détenu par le fonds émirati Aabar Investments, a annoncé l’acquisition de l’entité londonienne de Clariden Leu, filiale de Credit Suisse. La transaction, dont le montant n’est pas public, porte sur 2 milliards de francs suisses d’actifs et le transfert de 22 banquiers.
Cette opération marque la disparition de Clariden Leu, fondé en 1755 mais qui a récemment souffert de décollectes. Fortement affecté par la crise financière de 2008, les exigences des régulateurs et le ralentissement économique en Europe, Credit Suisse cherche à réduire ses coûts en absorbant totalement les activités conservées de Clariden Leu.
Ce n’est pas un cas isolé. Le contexte instable dans la finance rebat les cartes de l’ensemble de la gestion privée. Selon une étude publiée hier par le cabinet Scorpio, le montant des fusions-acquisitions y a atteint 9,4 milliards de dollars entre janvier 2011 et le 30 septembre dernier. 635 milliards de dollars d’actifs ont été acquis, soit 4% des montants gérés dans le monde. L’Europe continentale en a représenté plus de la moitié (53%); 102 milliards ont changé de main en Asie et 80 milliards au Royaume-Uni.
Dans la course à la taille, les acteurs ne comptent plus sur le seul développement interne et cherchent des relais de croissance dans les marchés émergents. Leur appétit se dirige vers les cibles modestes, gérant entre 5 et 20 milliards de dollars. «Les acteurs de taille moyenne admettent qu’ils doivent muscler leurs actifs sous gestion. Selon notre estimation, une taille minimale comprise entre 50 à 70 milliards de dollars sous gestion sera nécessaire pour exercer confortablement une activité internationale dans les dix prochaines années», explique Sebastian Dovey, associé de Scorpio.
Signe que les vendeurs sont sous pression, on note un fort recul des valorisations: selon Scorpio, les sociétés ont été acquises à 2% de leurs actifs sous gestion en moyenne, contre le double en 2010. «Cette tendance baissière devrait se poursuivre au cours des 12-24 mois, jusqu’à un ratio de 1,5%», poursuit le cabinet.
Les marchés émergents résistent à cette tendance et bénéficient d’une prime: les prix sont compris entre 2,7% et 3,4% des actifs. A l’opposé, le Royaume-Uni est un marché d’acheteurs, puis les cessions ont été en moyenne payées à un ratio de 1,1%.
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