Les banques centrales doivent-elles se plier aux réactions des marchés ?
La forte réaction des marchés mondiaux à l’annonce de sortie progressive du QE américain a surpris. Depuis, la Fed, la BCE et la Banque de Chine s’évertuent à les calmer au moyen d’interventions verbales répétées. Mais jusqu’où les banques centrales doivent-elles se plier aux réactions des marchés ?
La décision de la Fed se justifie au regard des fondamentaux américains. Le marché immobilier est largement rétabli. La Fed n’a donc plus besoin d’acquérir autant de MBS qu’elle le fait encore (40 milliards de dollars mensuels). Par ailleurs, elle ne peut pas retirer tout son soutien, notamment au marché des Treasuries (45 milliards mensuels), tant que la politique budgétaire est restrictive et que la baisse du taux de chômage se nourrit de celle du taux de participation.
Du point de vue des banques centrales, il vaut peut-être mieux accepter aujourd’hui un réalignement des marchés. Certes, la stabilité financière est de leur ressort et la volatilité des taux n’y concourt pas. Mais les conséquences d’une politique monétaire restée trop longtemps expansionniste peuvent avoir un coût plus important encore. On ne parle pas ici d’inflation, elle ne peut se manifester que dans des économies au plein emploi. Les politiques monétaires trop expansionnistes peuvent en revanche conduire à une mauvaise allocation des ressources réelles, d’un point de vue sectoriel (immobilier) ou intertemptorel (investissement préféré à l’épargne). Si elles favorisent de mauvais choix d’investissement, la croissance potentielle de l’économie en sera amoindrie.
Les banques centrales ne peuvent pas oublier non plus les effets redistributifs de leurs politiques. Il a souvent été reproché à la Fed que les baisses de taux ont favorisé les profits dans le secteur financier (jusqu’à 40% des profits totaux en 2008) et sanctionné les épargnants au détriment des emprunteurs. Enfin, nombreux sont ceux qui soulignent les implications de telles politiques pour les assureurs et le développement des systèmes bancaires parallèles.
{"title":"","image":"79899»,"legend":"Evolution de l’or et des indices MSCI Monde, CRB, JPM Global Bond Index.»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
Le secteur privé en zone euro peut encore éviter la panne
Les nouvelles difficultés liées à la guerre ont fortement assombri les perspectives économiques, selon les enquêtes sur le climat des affaires. Cependant, l’industrie amortit le choc constaté sur la demande intérieure, et cela pourrait durer encore un peu. -
Les devises ne succombent pas encore à l’euphorie des marchés
Un certain nombre de devises se sont reprises depuis l’annonce d’un cessez-le-feu entre les Etats-Unis, l’Israël et l’Iran le 8 avril, mais très peu sont vraiment revenues à leur niveau d’avant-guerre. -
Les fonds ne peuvent plus ignorer l'IA et la cybersécurité dans leurs opérations de M&A
Lors de l'acquisition d'une société, les groupes de capital investissement doivent désormais prendre en compte les risques liés à l'intelligence artificielle et à la cybersécurité en réalisant des audits appropriés et en mettant en place des clauses contractuelles sur mesure, estiment dans une tribune Clara Hainsdorf et Guillaume Vitrich, avocats associés chez White & Case. -
La dette émergente corporate joue les actifs refuges
Ce segment du marché a été le plus résilient dans la dette émergente et dans la plupart des actifs risqués depuis le début du conflit en Iran. -
Sophie Kurinckx-Leclerc : «Banijay conserve de la flexibilité pour des opportunités de M&A»
En quelques mois, le spécialiste du divertissement a annoncé deux acquisitions majeures. La directrice financière de Banijay, Sophie Kurinckx-Leclerc, détaille l’impact de ces opérations sur les activités et les finances de l’entreprise. -
Iliad évince Microsoft du Health Data Hub
Le fournisseur de cloud Scaleway, filiale d'Iliad, a été retenu à l’issue d’un appel d’offres pour l’hébergement des données de santé des Français, à la place de Microsoft.
ETF à la Une
Les investisseurs en ETF se détournent des actions européennes
- La banque Delubac taille dans ses effectifs pour faire face à des difficultés financières
- Des gestionnaires actifs alertent sur les dangers cachés de la gestion passive
- La forêt française, un actif réel en voie de reconnaissance
- Lionel Paquin : « Ce n’est pas Praemia qui est en crise mais le marché de l’immobilier »
- Marie Dauvergne (BNPP AM) : « La gestion solidaire est de l'investissement, pas de la philanthropie »
Contenu de nos partenaires
-
VerrouLe RN à l’assaut du front syndical
Après avoir courtisé les patrons, le Rassemblement national tente de forcer la porte des syndicats. Mais le rééquilibrage se heurte à une défiance tenace -
En Allemagne, l'AfD plébiscitée par les ouvriers, tenue à distance par les syndicats
La formation d'extrême droite sait exploiter les craintes pour l'emploi suscitées par les mutations de l'industrie -
PépiteIndustrie pharmaceutique : l’OPA à 2,5 milliards de dollars de Servier sur une biotech américaine
Le deuxième groupe pharmaceutique français a annoncé jeudi avoir finalisé l’acquisition de Day One Biopharmaceuticals, spécialisé dans l'oncologie