Les agences de notation bousculent le processus de décision de Madrid
S&P met la pression sur Madrid. En annonçant hier soir la dégradation de deux crans de la note souveraine de l’Espagne à BBB-, soit le dernier niveau avant la catégorie spéculative, l’agence de notation pourrait accélérer l’inévitable demande d’aide européenne, jusqu’ici repoussée par le gouvernement espagnol mais qui déclencherait pourtant automatiquement le programme de rachats d’obligations élaboré par la BCE. D’autant que la note est assortie d’une perspective négative, S&P estimant notamment que «l’hésitation» de Madrid à déclencher l’aide européenne «augmente potentiellement les risques de dégradation de la note espagnole».
S&P note désormais l’Espagne au même niveau que Moody’s, qui a placé sa note Baa3 sous surveillance et annoncera le résultat de l’examen de la note au cours du mois d’octobre. «Cet abaissement de S&P pourrait être suivi par un abaissement de Moody’s et si S&P n’a pas relégué l’Espagne en catégorie spéculative, Moody’s pourrait le faire», a déclaré Kathy Lien, directrice générale de BK Asset Management.
La réaction des marchés obligataires sera décisive dans la décision des autorités espagnoles, et le basculement de la note espagnole en territoire spéculatif pourrait pousser les rendements à la hausse. Hier, le rendement des obligations à 10 ans était stable à 5,76%, encore loin des 7,51% connus avant l’annonce du plan de rachats de titres de dette de la BCE.
Un appel à l’aide européenne pourrait en outre dégager des marges budgétaires pour desserrer l’étau qui pèse sur la croissance. «L’aggravation de la récession limite les options du gouvernement espagnol» estime S&P qui indique que le PIB du pays devrait se contracter de 1,8% cette année. Or, le FMI appelait lundi dans son rapport sur les perspectives économiques mondiales à «freiner l’ajustement prévu en 2013 et au-delà» pour les pays dont la croissance «chute nettement en deçà des projections actuelles».
L’euro reculait hier soir à New York de 0,25% face au dollar à 1,2865 dollar. La parité oscille depuis mi-septembre entre 1,28 et 1,30 après avoir fortement rebondi début septembre suite à aux annonces de la BCE et de la Fed. «Si un appel de l‘Espagne à l’aide européenne peut provoquer un dernier sursaut haussier de l’euro-dollar à court terme vers 1,34, l’absence de décision, conjuguée à l’aggravation de la récession et des déficits publics, devrait en revanche finir par peser sur l’euro» estime Natixis.
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