L’épargnant-investisseur responsable, nouvel acteur de la démocratie
Pour agir sur le monde, mieux vaut compter sur son épargne que sur son bulletin de vote. Tel semble être le message de David Allouche, professeur de finance, et Isabelle Prigent, directeur-adjoint de la communication d’une institution financière. Ils viennent de publier « Marchés financiers, sans foi ni loi ?», un livre destiné à rappeler ou à apprendre que les citoyens sont aussi des épargnants investisseurs via les institutions financières, les fonds collectifs de placement, voire aujourd’hui, les plateformes de crowdfunding. « La prise de conscience des dérives de la finance, au-delà- du nécessaire encadrement légal des pratiques, ne doit-elle pas conduire à replacer la responsabilité de l’investisseur au cœur du débat ? », se demande David Allouche, bien conscient que le pouvoir d’influence des investisseurs institutionnels est bien plus puissant que celui de l’épargnant individuel.
Reste à savoir comment l’investisseur peut concrètement réconcilier ses intérêts financiers et ses valeurs éthiques. Certains voudront investir dans l’économie sociale et solidaire, sauf que « ce pan de l’économie est constitué de coopératives, mutuelles, associations ou fondations qui n’émettent pas, le plus souvent, de titres financiers », rappelle l’auteur. « L’impact investing ? Cette forme d’investissement qui répond à un besoin social, est encore peu mature et lisible », estime-t-il, même si « la montée en puissance de cette économie alternative participe d’un mouvement de fond ».
Pour peser, l’épargnant – investisseur éthique n’a d’autre choix que de s’orienter vers les vieilles bonnes actions et obligations. Elles offrent un levier dont se saisissent de plus en plus les actionnaires, souvent via les proxy. « Dans le secteur de l’énergie, certaines grandes enseignes comme Shell ou BP voient émerger en Assemblées Générales des résolutions inquiètes portant sur les impacts des dérèglements climatiques sur la valeur des actifs », souligne David Allouche. Les gérants de fonds ISR (investissement socialement responsable), dont le nombre augmente, appliquent des filtres à leurs gestions d’actifs et les Asset Managers vont devoir mesurer leur empreinte carbone. Un bémol, « les gérants recourent trop souvent au best in class c’est-à-dire sur la base des meilleures pratiques observables chez les sociétés d’un même secteur », estime l’auteur. « A ce compte-là, on continue à retrouver dans son portefeuille des producteurs d’énergies fossiles ou autre, dit-il, mieux vaudrait pratiquer des gestions thématiques et opter pour certaines exclusions, plus claires aux yeux des investisseurs ».
Ouvrant le débat sur ce nouvel acteur de la démocratie que peut devenir l'épargnant investisseur responsable, David Allouche estime qu’une gestion active aura toujours plus d’impact qu’une gestion passive. « La gestion passive peu chère à mettre en œuvre, occupe une place de plus en plus importante. A moins d’utiliser des indices excluant ou sous-pondérant certaines activités, la gestion passive ne va pas dans le sens d’une plus grande responsabilisation des investisseurs qui se contentent de contribuer à la réplication du monde tel qu’il est ».
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