L’envolée du franc suisse renforce le coût de sortie des emprunts toxiques
La décision de la Banque nationale suisse (BNS) de laisser sa monnaie filer par rapport à l’euro pourrait obliger le gouvernement français à revoir le dispositif qu’il a mis en place de haute lutte pour aider les collectivités à sortir des emprunts toxiques.
Après l’abandon du cours plancher de 1,20 pour un euro la semaine dernière, le franc suisse s’est considérablement renforcé face à la monnaie unique. La parité était 1,01 hier, ce qui devrait faire s’envoler les taux d’emprunts des collectivités indexés sur l’euro/franc. «Ce qui est à peu près certain, c’est que cela devrait représenter un montant [de surcoût] qui n’est pas négligeable pour les collectivités», déclare Philippe Laurent, secrétaire général de l’Association des maires de France.
«Conscient de l’impact significatif de ces évolutions sur les finances locales dès les prochaines semaines, le gouvernement a décidé de faire le point sur les conditions d’accompagnement des collectivités par le fonds de soutien», a déclaré le secrétaire d’Etat au Budget, Christian Eckert, à Reuters vendredi dernier. Le gouvernement pourrait être amené à revoir le dimensionnement ou le fonctionnement du fonds de 1,5 milliard d’euros (100 millions d’euros sur quinze ans) censé aider les collectivités à sortir de leur surendettement.
Alors que ce fonds, abondé par l’Etat et les banques, a été créé dans le budget 2014, les collectivités ont jusqu’au 30 avril prochain (et non plus jusqu’au 15 mars) pour déposer une demande d’aide. Sachant que celle-ci doit être limitée à 45% du coût de sortie des emprunts, des collectivités se plaignaient avant même l’annonce de la BNS de l’insuffisance du fonds et promettaient de poursuivre la bataille contre les banques devant les tribunaux. Et ce, même si le gouvernement a réussi, en s’y reprenant, à faire valider les contrats de prêts remis en cause par les juges.
L’encours des emprunts toxiques restait important à la fin de l’année 2014. Il était de 6,3 milliards d’euros au bilan de la Société de financement local (Sfil) contre 8,5 milliards deux ans plus tôt. La banque ne précise pas quelle part est indexée sur l’euro/franc suisse.
Chez Dexia, qui a cédé l’essentiel de ses prêts à la Sfil, l’encours des emprunts toxiques est passé sous la barre de 1,2 milliard d’euros à la fin de 2014, contre 2,3 milliards d’euros initialement. Moins d’un quart de ces prêts toxiques est indexé sur l’euro/franc, indique un porte-parole.
Plus d'articles du même thème
-
Le Conseil constitutionnel renforce la protection des tiers saisis face aux mesures de recouvrement
Saisis d'une question prioritaire de constitutionnalité, les Sages ont invalidé une disposition fiscale permettant de faire peser sur un tiers saisi la totalité de la dette du redevable, consacrant ainsi une application stricte du principe de proportionnalité des peines. -
Une fusion transatlantique se profile dans le secteur des ingrédients
Le britannique Tate & Lyle a accepté une offre d’achat en numéraire de son concurrent américain Ingredion, qui valorise sa cible 3,7 milliards de livres dette incluse. -
Revolut viserait d'ores et déjà 115 milliards de dollars de valorisation
La néobanque britannique envisage une nouvelle cession d'actions existantes, selon Bloomberg. Ce nouveau jalon marquerait une nouvelle hausse de sa valorisation par rapport aux 75 milliards atteints en novembre 2025, en vue in fine d'une introduction en Bourse autour de 200 milliards d'ici à 2028. -
Le Crédit Agricole est confronté à la reprise des grandes manœuvres en Italie
La banque verte, comme BNP Paribas, vise de longue date son «deuxième marché domestique», où elle est devenue le premier actionnaire de Banco BPM. Les hypothétiques rapprochements annoncés ces deux derniers jours n’auraient pas les mêmes conséquences pour les deux banques françaises. Le premier est acteur, le second spectateur. -
La dette publique des Vingt-Sept continue de croître
Majoritairement libellée en euros, la dette publique des Etats membres de l’Union européenne s’établit en moyenne à 80% du PIB, sauf dans les pays d’Europe du Sud où elle dépasse les 100%, à l'exception du Portugal. -
Intesa fait entrer la consolidation bancaire italienne dans une nouvelle ère
La plus grande banque italienne a lancé une offre pour racheter MPS-Mediobanca quelques heures après que Banco BPM a fait une proposition similaire. De quoi bouleverser les équilibres de l'ensemble de la finance transalpine.
ETF à la Une
WisdomTree rejoint la course aux ETF spatiaux en Europe
- Derrière l’affaire Uzès Gestion, la délicate question de la direction de fait
- La stratégie d'investissement de détail européenne provoque une poussée de fièvre côté français
- L'allègement du reporting ESG divise à Bruxelles
- Greystar boucle le plus grand fonds résidentiel européen value-add
- Arkéa AM recrute un gérant multigestion
Contenu de nos partenaires
-
Défausse ou défense ?Affaire Lyhanna : Gérald Darmanin renvoie les magistrats à leurs responsabilités
« S’il y a eu des défaillances, il y aura des sanctions », a prévenu le ministre de la Justice, lundi. Encore faudra-t-il qualifier ces éventuelles fautes -
Affaire Lyhanna, justice criminelle : Gérald Darmanin sur tous les fronts
L'examen du projet de loi sur la justice criminelle a débuté lundi à l'Assemblée nationale, par l'audition en commission des Lois du ministre. Au cœur des critiques que suscite l'affaire Lyhanna, le garde des Sceaux doit désormais s'assurer de l'adoption d'un texte dont le contenu crée la polémique depuis sa présentation -
Noir, c'est noirRetraites : l'avenir s'assombrit encore
Les derniers calculs du Conseil d'orientation des retraites aggravent le solde du système, avec un dérapage du déficit à 2,4 points de PIB en 2070