L’envolée des prix du cacao, marqueur d’un marché durablement tendu

Le cacao est une des rares matières premières à être sous pression aussi bien du côté de l’offre, vieillissante, que de la demande, tirée par les émergents
S. Berthelet, C. Levesque - SMA Gestion

Alors que le mois d’octobre marque le lancement de la principale récolte de cacao, la hausse des prix de plus de 27% depuis un an modifie les équilibres du secteur. La tendance haussière perdurant, elle oblige les acteurs à réagir. Aux Etats-Unis, les confiseurs tels que Hershey et Mars ont déjà annoncé des hausses de prix de leurs barres chocolatées. Ces mesures préserveront un temps les marges mais ne résoudront pas le problème sous-jacent de l’industrie : un déséquilibre grandissant entre offre et demande.

En matière de fondamentaux, le cacao est une des rares matières premières à être sous pression tant du côté de l’offre que de la demande. L’appareil productif est obsolète: les arbres sont vieillissants, vulnérables aux maladies et aux conditions météorologiques. Les plantations ne se renouvellent pas au profit d’autres cultures plus rentables comme le caoutchouc. Des programmes ont été lancés pour développer de nouvelles plantations et améliorer les rendements et les qualités. Mais les investissements actuels ne seront visibles que dans plusieurs années, le cacaoyer ne donnant pas de fruits les premières années.

Du côté de la demande, celle-ci est clairement tirée par l’Asie et l’Amérique latine. Ces cinq dernières années, la croissance moyenne de la consommation en Chine, en Inde et au Brésil a tourné autour de +7% par an. Une tendance qui devrait continuer et même se renforcer à l’avenir. En effet, la consommation moyenne de cacao par habitant de ces pays émergents reste encore bien inférieure à celle des pays développés.

Les positions acheteuses record des acteurs financiers pourraient laisser supposer que le mouvement de hausse des cours est déjà bien entamé. Début septembre, l’ICCO (The International Cocoa Organization) relevait ses prévisions de production pour la campagne de 2013-14 engendrant un surplus de 40.000 tonnes contre un déficit de 75.000 tonnes auparavant. Les récoltes de mi-saison en Côte-d’Ivoire et au Ghana, représentant plus de 50% de la production mondiale, étaient meilleures que prévu.

Cette amélioration aurait pu alléger la tension sur les cours mais c’était sans compter un nouvel élément : la propagation de l’épidémie d’Ebola. La Sierra Leone et la Guinée, pays limitrophes de la Côte-d’Ivoire, sont touchées. Ce facteur exogène, malheureusement difficile à anticiper, pourrait bouleverser les chantiers de récolte et amplifier le déficit déjà prévu pour 2014-15.

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