L’embellie de l’emploi ne permet pas encore à la Fed de changer de discours

Même si le marché du travail gagne en robustesse, les pressions à la hausse sur les salaires ne semblent toujours pas se matérialiser
Alexandre Garabedian

Les taux américains remontent doucement. La publication hier de statistiques de l’emploi largement supérieures aux attentes a provoqué un nouvel écartement des rendements. Celui des Treasuries à 10 ans a touché 2,69% avant de se replier à 2,64%, ce qui marque une tension de 12 points de base depuis le début du mois.

La publication des chiffres de l’emploi n’est cependant pas susceptible de remettre en cause à ce stade l’orientation d’une Réserve fédérale toujours très accommodante. Certes, le département du Travail a fait état de 288.000 créations de postes non agricoles en juin, un chiffre très supérieur au consensus Reuters de 212.000. Les créations d’avril et mai ont en outre été révisées en hausse de 29.000 au total.

La baisse de 0,2 point du taux de chômage l’a parallèlement ramené à son plus bas niveau depuis septembre 2008, à 6,1%. Autre bonne nouvelle, le taux de participation au marché du travail, qui mesure la part de la population en âge de travailler recherchant un emploi, est demeuré stable le mois dernier à 62,8%, alors que la baisse du taux chômage a longtemps été liée au fait que des Américains renonçaient à chercher un emploi.

«Si le taux de participation ne se redresse pas, le chômage devrait converger vers son taux naturel (estimé à environ 5,5%) bien plus tôt que ne l’envisage la Fed, et la tension du marché du travail conduirait sans doute à des pressions sur les salaires et sur les prix», estiment les économistes de Goldman Sachs. En revanche, si la participation se redressait de 62,8% à 64%, effaçant un tiers de la baisse enregistrée à partir de la grande récession, ce taux de 5,5% ne serait atteint que fin 2016 au lieu de mi-2015, calcule la banque.

Pour le moment, la progression annuelle des salaires dans le secteur privé reste inférieure à 2% et ne reflète guère de fortes pressions à la hausse. La persistance d’un chômage de long terme distingue aussi cette reprise de l’emploi de tous les précédents cycles.

«Sans hausse claire des salaires, et tant que le taux de chômage reste autour de 6%, la Fed répugnera à modifier sa position sur la normalisation des taux, rappelle Rob Carnell, chez ING. La publication de ce jour nous rapproche du moment où les membres du comité de politique monétaire devront changer leur fusil d’épaule, mais comme le montre le dernier discours de Janet Yellen, présidente du FOMC, ils n’en sont pas encore arrivés là».

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