Le Venezuela semble filer tout droit vers le défaut de paiement

Dégradé à «CCC» par Fitch, le pays a vu ses réserves totales fondre à un niveau qui ne lui permet plus de tenir que jusqu’en septembre 2015
Patrick Aussannaire
Markit 3

Le Venezuela pourrait être la première victime collatérale de la chute des prix du pétrole. Le pays a vu sa note de long terme dégradée par Fitch à «CCC», soit un cran seulement au-dessus du défaut technique. «La dépendance du Venezuela aux matières premières est forte, le pétrole représentant environ 92% de ses recettes courantes extérieures et 50% des recettes fiscales de l’Etat en 2014», explique l’agence.

Le prix des obligations 2027 du pays a chuté de 30% depuis le début du mois, à 36 cents par dollar, et les CDS à 5 ans anticipent une probabilité de défaut de 91% sur cette échéance. SG CIB prévoit même qu’un défaut de paiement pourrait intervenir d’ici mars 2015 si le cours du Brent continue de chuter.

Même en incluant les 4 milliards de dollars reçus en novembre de la part de la Chine, qui reste actuellement le seul apporteur de fonds du Venezuela puisque le pays n’a pas accès aux marchés internationaux de la dette, les réserves vénézuéliennes restent limitées à 21,4 milliards. Un montant inférieur de moitié à celui de 2008 lorsque le pays a été confronté pour la dernière fois à une chute brutale du prix du pétrole. A ce niveau, elles permettent de couvrir ses obligations internationales sur 2015, 2016 et 2017, de respectivement 5,9, 5,2 et 6,5 milliards de dollars. Néanmoins, lorsqu’on exclut l’or qui représente 70% des réserves totales, le pays n’est plus en mesure d’assurer ses obligations que jusqu’en septembre 2015, et fait face à 21,1 milliards de créances domestiques.

Même s’il dispose de 15 à 18 milliards de dollars d’actifs à l’étranger, «les épées de Damoclès pesant sur le pays sont nombreuses compte tenu de la dette garantie en pétrole contractée envers la Chine et les arriérés vis-à-vis des créanciers domestiques que le pays finira par payer un jour», indique Natixis. L’appréciation du dollar et la chute des cours du pétrole ont accentué la dépréciation du bolivar, avec une différence entre le taux de change officiel fixe par rapport au dollar et celui qui traite sur le marché parallèle qui a atteint 75%.

Dans ce contexte, Fitch estime que l’inflation s’est envolée à 55%, avec une économie en contraction de près de 4% cette année. Natixis anticipe une contraction du PIB de 6,5% en 2015 et 9% en 2016, avec une nouvelle poussée de l’inflation du fait d’une forte dépréciation possible du bolivar. Barclays anticipe ainsi une dévaluation de 57% du taux de change par rapport à 2014.

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