Le spectre de la crise complexifie les choix monétaires des pays émergents
Le Brésil et la Turquie sont déjà engagés dans un cycle d’assouplissement
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Patrick Aussannaire
Le "Real brésilien". Photo: Andrew Harrer/Bloomberg News
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Le pilotage de la politique monétaire des pays hors zone euro se complexifie. En Australie, la banque centrale a laissé ses taux inchangés hier à 4,75%, pour un rendement des obligations d’Etat à 10 ans en baisse de 15 bp à 4,22%. Après avoir atteint 3,6% au deuxième trimestre, l’inflation a nettement ralenti à 2,8% en septembre, alors que l’indice PMI manufacturier chutait à 42,3 points, son plus bas niveau depuis juin 2009. Parallèlement, à 0,9465 hier, la devise a dévissé de 13% contre le billet vert depuis son plus haut du 27 juillet dernier de 1,1081, pour atteindre un plus bas d’un an.
Cette baisse «équivaut à elle seule à un assouplissement monétaire pour la RBA (Reserve Bank of Australia)», rappelle néanmoins Stephen Walters, économiste chez JPMorgan. Ce qui explique l’indécision qui prédomine chez les 22 économistes interrogés par Bloomberg sur le niveau des taux au 30 juin 2012, dont cinq anticipent au moins une baisse, sept le statu quo et dix de nouvelles hausses.
L’exemple australien n’est pas isolé. Chez les émergents, la roupie indienne a chuté de 8,7% au troisième trimestre, son plus fort recul depuis 1992, alors que l’indice PMI manufacturier a connu en septembre un plus bas de 30 mois, à 50,4 points. «Si le maintien de pressions inflationnistes soutient le biais haussier de la banque centrale, le ralentissement de la croissance manufacturière suggère que la fin du cycle de resserrement monétaire est en vue» estime Leif Eskesen, chef économiste de l’Asie chez HSBC.
La banque centrale brésilienne, pour sa part, a d’ailleurs pris les devants avec une baisse surprise des taux directeurs de 50 bp à 12% le 31 août dernier. Depuis, le real s’est déprécié de 14,3% contre dollar sur le seul mois de septembre. La banque centrale prévoit un ralentissement de l’inflation à 6,4% cette année et 4,7% en 2012, contre 7,33% actuellement, en ligne avec celui de la croissance à 3,5% cette année. La banque centrale a évoqué la semaine dernière une poursuite de l’assouplissement à un rythme «modéré».
En Turquie, où la lire a chuté de 22% sur un an contre dollar, l’inflation sous-jacente s’est envolée à 7%, un plus haut de deux ans et demi. «Ces chiffres soulignent l’impact négatif que la faiblesse de la devise a sur les perspectives d’inflation» estime Tatha Ghose, économiste chez Commerzbank. Ce qui n’a pas empêché la banque centrale de baisser ses taux à 5,75% le 4 août et d’entrevoir d’autres baisses.
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