Le secteur privé ne sera pas à l’abri d’une restructuration souveraine
Les investisseurs privés peuvent souffler un peu. Avec la création du Mécanisme européen de stabilité (MES) prévue l’année prochaine, ils seraient assurés de ne pas vivre un défaut intempestif sur leurs obligations d’Etat, à l’image de celui acté pour la Grèce. Pour autant, ils ne devraient pas être à l’abri d’une restructuration de leur dette souveraine.
Nicolas Sarkozy et Angela Merkel l’ont réaffirmé dans une lettre envoyée au président du conseil européen Herman Von Rompuy. «En ce qui concerne l’implication du secteur privé, le traité MES devrait être révisé afin qu’il soit clair que la solution requise pour la Grèce était unique et exceptionnelle» peut-on y lire.
Le changement est de taille car en mars dernier le conseil avait décidé qu’en échange d’une aide du futur fonds, «l’État membre bénéficiaire devra mettre en place les modalités appropriées d’une participation du secteur privé». «L’abandon du PSI par les Allemands est quelque chose de très important», souligne Gilles Moëc, économiste chez Deutsche Bank. Selon lui, la décote de 21% puis de 50% sur la dette grecque a contribué à miner la confiance des investisseurs vis-à-vis de l’Europe.
Tout cela ne veut pas dire que le secteur privé ne mettra jamais la main au pot. Dans leur lettre, les dirigeants européens rappellent que «des termes communs de référence pour les clauses d’action collective (CAC) devront être introduits dans les législations nationales». Ces CAC formalisent les restructurations de dette d’un Etat en fixant la part des créanciers qui doivent voter en faveur d’une restructuration pour que celle-ci puisse être imposée à tous.
«Les CAC rendent les choses un peu plus simples: sans elles, on part pour des années de procédures judiciaires extrêmement lourdes», estime Gille Moëc. Mais pour Thomas Harjes, économiste chez Barclays Capital, ce n’est pas forcément une bonne chose pour les Etats. En rendant les investisseurs plus méfiants, elles pourraient augmenter les coûts d’emprunt.
Enfin, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy précisent que «la zone euro se conformera à la pratique du FMI». Reste que selon Thomas Harjes, «il n’existe pas de procédure précise du FMI pour la restructuration de dette souveraine, c’est très vague». En tout cas, «il n’y a rien dans les pratiques du FMI qui interdise une implication du secteur privé», rappellent les analystes de RBS.
Plus d'articles du même thème
-
Un homme politique peut divulguer une information privilégiée, sous conditions
La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a estimé que la liberté d’expression dans les médias peut s’appliquer à un politique, si cette information nourrit un débat public sur une question d’intérêt général, sous réserve de ne pas tirer avantage de cette divulgation et de ne pas induire intentionnellement le marché en erreur. -
RockFi équipe ses conseillers d’un agent IA pour le suivi patrimonial
La fintech déploie un agent IA auprès de ses conseillers privés afin d’automatiser une partie du suivi patrimonial et offrir un accompagnement plus personnalisé à ses clients. -
Le recul de l'activité s'atténue dans la zone euro en juin
L'indice PMI composite de la zone euro est remonté à 49,5 en juin, contre 48,5 en mai, selon les données provisoires publiées par S&P Global et la Hamburg Commercial Bank. Le repli de l'activité s'est en revanche accentué en Allemagne. -
Heineken opte pour une direction hors-les-murs pour tonifier ses ventes
Le brasseur nomme Rafael Oliveira, en tant que nouveau PDG. Avec le choix de ce profil externe, issu du secteur du café, le néerlandais espère trouver la bonne recette de sa relance commerciale. -
Un vent de consolidation souffle sur les marchés asiatiques
Avec un plongeon de près de 10 % avant la suspension des échanges, la Bourse de Séoul subit, à travers le Kospi, des prises de bénéfices massives sous l'effet de dégagements dans les semi-conducteurs, très en vue ces derniers mois avec la flambée de l'IA. A Wall Street, les futures sont mal orientés -
Derrière l'essor des obligations convertibles, une mutation profonde de la classe d'actifs
Ce compartiment est ainsi passé d'environ 350 milliards de dollars il y a quatre ans à plus de 620 milliards aujourd'hui, retrouvant des niveaux inédits depuis le début des années 2000, calcule Nicolas Crémieux, responsable des obligations convertibles chez Mirabaud Asset Management. La fièvre de l'IA y joue un rôle. Elle n'est pas le seul facteur.
ETF à la Une
AllianzGI va lancer cinq ETF actifs en Europe dès l'été
- Le chantier social prend du retard dans la fusion de BNP PAM et d'Axa IM
- L'AFG propose d'introduire une dose de capitalisation dans les retraites complémentaires du privé
- Le programme Tibi 3 vise 15 milliards d'euros d'investissements dans la tech
- La justice française rejette la restitution de retenues à la source sur dividendes pour des « pools » de fonds
- La Caisse des dépôts investit dans un fonds monétaire Ucits tokenisé
Contenu de nos partenaires
-
BastonLe mauvais procès de la grande distribution à ses fournisseurs
Derrière la stratégie des grandes enseignes, se cache surtout une surréglementation des rapports commerciaux qui a appauvri toute la filière -
Bis repetitaEntre la Chine et les Etats-Unis, les hostilités reprennent
Pékin a décidé lundi d’imposer des contrôles à des entreprises américaines exportatrices en réponse à l’élargissement de la liste noire des entités chinoises décidé par le Pentagone -
ParadoxeLa nouvelle vie de Mario Draghi, du pouvoir à la doctrine
L’ancien président de la BCE, qui publie un recueil en Italie, apparaît de plus en plus comme une figure intellectuelle du débat européen. Une évolution inattendue pour celui qui a passé sa vie à exercer le pouvoir