Le scandale Madoff va éclabousser nombre d’acteurs européens
Fonds de fonds, banques privées et structureurs vont être exposés à cette fraude historique de plusieurs milliards de dollars
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Virginie Deneuville
Le plus gros scandale de l’industrie des hedge funds. D’un montant qui pourrait atteindre selon son auteur quelque 50 milliards de dollars, la fraude mise en place par Bernard Madoff, ancien courtier américain et président du Nasdaq, va avoir de nettes répercussions de ce côté-ci de l’Atlantique.
«De nombreux acteurs suisses et français vont être affectés», indique un professionnel à Paris. «Beaucoup d’acteurs financiers sont exposés, des clients privés aux fonds de fonds en passant par les structureurs dans la banque d’investissement», renchérit un gérant. «Le problème va concerner plus directement les banques privées, notamment suisses», ajoute un autre spécialiste.
Parallèlement à sa maison de courtage, Bernard Madoff gérait un fonds spéculatif promettant un rendement élevé. Dans ce schéma à la «Ponzi», l’argent des derniers souscripteurs servait à rémunérer les premiers investisseurs. «Il s’agissait d’une pratique de place. Il suffisait de prononcer le nom de Madoff pour susciter l’intérêt», explique un gérant français de hedge fund. Selon ce dernier, plusieurs points étaient toutefois assez flous, le fonds de Madoff étant notamment proposé sans que son nom n’apparaisse véritablement sur le papier.
Une dizaine de fonds se sont propagés au travers de l’Europe. «Le dernier fonds en date était Luxalpha, sicav luxembourgeoise gérée par UBS et commercialisé par Access International Advisors», indique le même gérant. Avec un objectif de 8 à 12 % par an, une volatilité inférieure à 3 % et une liquidité bimensuelle, le véhicule avait de quoi séduire (voir aller plus loin). «Alors que Luxalpha s’élève à 1,9 milliard de dollars, le fonds historique est Fairfield Sentry, lancé dans les années 90 pour un montant de l’ordre de 7 milliards», poursuit-il.
Pour autant, le manque de transparence intriguait au sein de l’industrie. «Madoff faisait depuis longtemps l’objet de rumeurs sur un problème d’absence de muraille de Chine entre ses activités de courtage et ses activités de fonds. Cela n’apparaissait pas très net», indique un gérant.
Déjà ébranlé par la crise, le secteur des hedge funds se serait volontiers passé de ce scandale. «Le problème est sérieux pour l’industrie, qui n’avait pas besoin de ça. On va de nouveau avoir une surréaction du monde politique accompagnée d’une vague de rachats supplémentaires dans l’alternatif», déplore un gérant.
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