Le Royaume-Uni renonce à se financer par sukuk

Le souverain d’outre-Manche a annulé son émission de dette islamique, en pointant du doigt un rapport qualité/prix inintéressant
Tân Le Quang

Au vu du contexte de déficits publics et de croissance molle, le développement du marché des obligations islamiques (sukuks) ne fait plus partie des priorités des émetteurs souverains sur le Vieux Continent pour diversifier la base d’investisseurs. Plus important, le Royaume-Uni a annulé son émission de dette islamique, le pays ayant jugé que ce financement n’avait pas de rapport qualité/prix intéressant.

De fait, le Trésor britannique a reconnu les bienfaits du produit pour le secteur bancaire islamique, mais il estime que les coûts dépassent les bénéfices en comparaison aux emprunts d’Etat du Royaume-Uni, les Gilts. Les taux britannique à 4 et 5 ans se traitaient hier respectivement à 2,27% et 2,44%, contre 6,33% pour la dette d'échéance novembre 2014 de Dubaï. «Les raisons initiales du Royaume-Uni d’émettre des sukuks étaient d’ordre politique et social, plutôt qu’économique, compte tenu des minorités islamiques significatives dans le pays. Mais au vu des récents stress sur l’économie et les finances du gouvernement, de telles motivations sont à présent secondaires par rapport au besoin de lever des fonds efficacement», a noté Moody’s. Toutefois, le pays continuera à regarder le dossier.

L’état fédéral allemand de Saxe-Anhalt a été le premier souverain non islamique européen à avoir placé de la dette conforme aux principes de la charia en 2004, pour 100 millions d’euros. Aujourd’hui l’annonce du Royaume-Uni, principal marché en Europe des produits et services financiers islamiques, pourrait décourager d’autres souverains européens à se lancer dans les sukuks. Ce qui n’est pas une bonne nouvelle pour cette classe de dette dont le volume émis a chuté de 15% de 20 à 17 milliards, de 2009 à 2010.

En France, le marché est toujours dans l’attente de la première émission d’obligation privée. En octobre, Crédit Agricole avait annoncé vouloir boucler sur un horizon de six mois deux ou trois émissions pour un montant susceptible d’atteindre trois milliards de dollars. «Nous avons du retard notamment par rapport aux Britanniques, a déclaré hier Pierre Lellouche, secrétaire d’Etat au commerce, en visite à Abou Dhabi. Les mécanismes légaux sont en train d'être mis en place et les banques françaises sont très capables et le sont pour cela».

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