Le Royaume-Uni mal parti pour respecter son objectif d’assainissement budgétaire
Les finances publiques britanniques ont enregistré un déficit en juillet dans le contexte d’une récession persistante et de la politique d’austérité menée par le gouvernement de coalition. Facteur aggravant, cette année, la production de gaz et de pétrole de la mer du Nord a été exceptionnellement faible. Le ministre des Finances George Osborne va singulièrement manquer de marge de manoeuvre pour atteindre son objectif d’assainissement budgétaire tout en essayant de redresser l'économie de son pays.
Les comptes du secteur public se sont soldés par un déficit de 557 millions de livres soit 706,4 millions d’euros (hors interventions du secteur financier) contre un excédent de 2,8 milliards de livres en juillet 2011, selon les données de l’Office national de la statistique publiées ce mardi. Depuis le début de l’année, l’emprunt net du secteur public britannique (hors secteur financier et charge exceptionnelle liée au transfert d’actifs des régimes de retraite de la Royal Mail au secteur public) s'élève à 47,2 milliards de livres (59,8 milliards d’euros), en hausse de 11,6 milliards de livres (14,71 milliards d’euros) par rapport à 2011. Les recettes du gouvernement ont baissé de 0,8% sur l’année, affectées par une baisse de près de 20% de l’impôt sur les sociétés. Dans le même temps, les dépenses publiques ont progressé de 5,1%. La surprise est d’autant plus grande que le mois de juillet se solde traditionnellement par un excédent budgétaire grâce aux rentrées fiscales en provenance des particuliers et des entreprises.
Corollaire du creusement du déficit, « les emprunts pour 2012 et 2013 dépasseront largement les prévisions du Bureau pour la responsabilité budgétaire (OBR) », estime Vicky Redwood, économiste chez Capital Economics, cité par Reuters. Or cette évolution est contraire aux objectifs du gouvernement de coalition ( Parti conservateur et libéraux-démocrates) qui entend réduire le déficit budgétaire à 5,8% du produit intérieur brut (PIB) sur l’exercice fiscal actuel contre 8,2% lors de l’exercice 2011-2012.
Devant les maigres résultats du gouvernement et la persistance de la récession qui sévit depuis neuf mois, des voix s’élèvent en faveur d’un assouplissement des mesures d’austérité. Les doutes se renforcent sur la pertinence de la politique actuelle visant à défendre coûte que coûte la note AAA du Royaume-Uni et à maîtriser les coûts d’emprunt.
Selon une étude de Bank of America Merril Lynch, la politique agressive de dépréciation de la livre (environ -20% depuis mi 2007) menée par Londres n’a pas permis de relancer les exportations britanniques. En revanche, « les hausses importantes des prix à l’importation, ces dernières années pourraient avoir relevé le niveau des prix à la consommation (…) ». Et compte tenu de « l’incapacité des salariés à obtenir une accélération de la hausse nominale de leurs revenus, la ponction correspondante sur les revenus réels et les dépenses réelles (avec maintien du taux d’épargne des ménages à des niveaux élevés) a été prononcée ». Mais par la voix de son porte-parole, le ministre des Finances ne démord pas : « le gouvernement reste engagé dans le plan crédible que nous avons établi pour faire face à la dette britannique, et les chiffres d’aujourd’hui soulignent à quel point il serait risqué d’augmenter délibérément les emprunts ».
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