Le rôle de la BCE fait encore débat dans la résolution de crise
«L’euro est la seule devise qui n’a pas derrière elle, comme le dollar, le yen ou la livre, un prêteur en dernier ressort décidé à défendre structurellement sa crédibilité». Venant de Silvio Berlusconi, la déclaration pourrait faire sourire. Elle reflète pourtant un sentiment largement répandu chez les économistes et les investisseurs.
Ce débat sur le rôle de la BCE a dominé les sommets européens des derniers jours. Deux lignes s’affrontent. D’un côté, les tenants de l’orthodoxie, menés par l’Allemagne. Le laxisme budgétaire étant à la racine de la crise, il revient à chaque Etat de faire les efforts nécessaires. La pression des marchés leur sert d’aiguillon, et un soutien trop massif de la BCE ne ferait que retarder les réformes structurelles.
Sans nier la nécessité de l’ajustement, l’autre camp s’inquiète des répercussions à court terme: poursuite de la contagion sur les marchés, credit crunch, récession. Seul un engagement explicite de la BCE à racheter de la dette souveraine – et non à reculons, comme elle l’a fait jusqu’à présent – pourrait servir selon eux de pare-feu.
Berlin a imposé ses vues, qui aboutiront à faire levier sur les ressources du Fonds européen de stabilité financière, sans l’appui de la banque centrale. «Avec ou sans levier, l’EFSF devrait rester trop petit pour court-circuiter le cercle vicieux, estime Michael Gavin, économiste chez Barclays. Pour éliminer ce dernier, il faudrait un choc de confiance de grande ampleur». Même constat chez Isabelle Job, économiste au Crédit Agricole: «seule la BCE possède à ce jour des munitions potentiellement illimitées pour être un rempart efficace contre un risque de contagion systémique».
La banque centrale va d’ailleurs continuer à jouer les pompiers, car la nouvelle mouture de l’EFSF ne sera pas opérationnelle avant plusieurs semaines. Outre ses injections de liquidités auprès des banques, la BCE a racheté 169,5 milliards d’euros de dette souveraine au 21 octobre. Des interventions qui ont permis de plafonner à 6% les taux 10 ans italiens, mais pas d’arrêter la contagion comme aurait pu le faire un «quantitative easing» assumé. «Quand les pays du cœur de la zone seront touchés, et que l’on atteindra le seuil de douleur pour l’Allemagne, alors l’utilisation du bilan de la BCE deviendra une option sérieuse, prédit Harvinder Sian, stratégiste taux chez RBS. D’ici là, les actifs risqués ont encore un gros potentiel de baisse».
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