Le risque politique grec se rappelle au bon souvenir des investisseurs
Le risque d'élections anticipées ressurgit en Grèce à la faveur des résultats du scrutin européen, qui s’annoncent défavorables à la coalition
Publié le
Alexandre Garabedian
Deuxième meilleure performance des dettes souveraines en zone euro sur 2014 derrière le Portugal, la Grèce reste une thèse d’investissement risquée. Après le coup de semonce général du 15 mai, les rendements grecs à 10 ans ont continué à se tendre vendredi, dépassant un moment les 6,85% en séance alors qu’ils évoluaient en début de semaine sous la barre des 6%. Une correction motivée par la proximité des élections et un imbroglio fiscal.
L’hypothèse d’une taxation rétroactive des porteurs non résidents d’obligations grecques a mis le feu aux poudres. Dans la journée du 15 mai, le gouvernement grec a publié une directive précisant que les gains réalisés sur ces titres entre le 29 février 2012 et le 31 décembre 2013, seraient taxés à 33% pour les personnes morales. Il ne s’agissait pas d’une nouvelle mesure, simplement du rappel d’une disposition existante; par ailleurs, les gains réalisés à compter du 1er janvier 2014, notamment sur la nouvelle obligation à 5 ans émise le 10 avril et vendue pour un tiers à des hedge funds, étaient exemptés de toute taxe. Mais la nouvelle a suffi à faire croire aux investisseurs qu’Athènes cherchait à les imposer de manière rétroactive. Le texte a été retiré quelques heures plus tard pour dissiper la confusion.
Cet épisode est néanmoins venu rappeler que la Grèce, toujours en récession, jouit encore d’un crédit très limité sur les marchés, deux ans après la plus grande restructuration de dette de l’histoire. La proximité des élections européennes, du 22 au 25 mai, ajoute aux inquiétudes. Selon les derniers sondages, le parti au pouvoir, Nouvelle Démocratie, devancerait de 2 points l’extrême gauche (Syriza), alors que son allié dans la coalition, le Pasok, plongerait à 5% d’intentions de vote. L’effondrement du parti socialiste grec ou une large victoire de Syriza pourraient déstabiliser le gouvernement actuel, formé juste avant l’été 2012 à l’issue d’un processus électoral éprouvant, et entraîner de nouvelles élections en Grèce.
«De toute façon, des élections générales sont probables vers la fin de l’année car un nouveau président doit être élu en février 2015 avec une majorité des deux tiers au parlement, que ne possède pas le gouvernement actuel», rappelle les économistes de Credit Suisse. Selon eux, des élections anticipées «pourraient déstabiliser le marché, mais bien moins qu’en 2012», en raison des efforts réalisés depuis par Athènes et les autres pays du Sud de la zone euro.
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