Le resserrement des spreads masque un manque d’intégration financière
Membre du directoire de la BCE, Benoît Coeuré recommande à la future Commission européenne de s’attaquer à l’intégration des marchés de capitaux
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Solenn Poullennec
Hier, les rendements des titres d’Etat dans la zone euro se tendaient légèrement. Si le récent sursaut de tensions n’a pas suffi à effacer la performance des marchés obligataires des derniers mois, «il ne faut pas se laisser abuser par le rétrécissement des spreads», a mis en garde le membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), Benoît Coeuré, lors d’une conférence à Paris hier.
Le banquier central s’inquiète que l’on se satisfasse de la convergence des prix des actifs financiers alors même que la réduction des écarts de rendements au cours des années 2000 signalait une accumulation des déséquilibres. «La convergence n’est pas l’intégration», prévient-il. Il reste encore à ses yeux beaucoup de chemin à faire pour arriver à une véritable intégration financière en Europe.
Celle-ci permettrait de mutualiser des risques financiers et aiderait les entreprises et notamment les PME à trouver des financements dans un autre pays européen que le leur. Alors que les prêts transfrontaliers directs aux entreprises non financières ne représentent que 7,5% de l’ensemble des prêts, Benoît Coeuré plaide d’abord pour l’intégration de l’activité de la banque de détail en Europe.
Selon lui, l’Union bancaire, qui permet aux banques d’optimiser leur gestion et de faire des économies d’échelle, devrait favoriser les fusions acquisitions dans le secteur bancaire et donc permettre davantage d’intégration. Dans le même temps, l’émergence de mastodontes systémiques serait empêchée par la nouvelle régulation bancaire et le mécanisme de surveillance unique.
Si l’Union bancaire représente une intégration sans précédent, «il faudra une deuxième vague» qui se concentrera sur le marché des capitaux, selon Benoît Coeuré. La future Commission européenne devra notamment travailler à harmoniser la réglementation des opérations transfrontalières sur les valeurs mobilières car c’est «une pièce manquante essentielle».
La Commission travaille déjà à une directive sur le droit des titres mais il faudrait aussi harmoniser le droit des faillites et mettre en place l’équivalent de la directive sur la résolution bancaire pour les établissements non financiers d’importance systémique. Benoît Coeuré reconnaît cependant que cette intégration «sera encore plus difficile» que l’édification de l’Union bancaire car elle risque de heurter encore plus la sensibilité des Etats.
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