Le rendement du Bund passe au-dessus de celui du Gilt
Les investisseurs, notamment les gérants d’actifs japonais, vendent leurs obligations d’Etat de la zone euro tandis que la crise tarde à être résolue
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Violaine Le Gall
La hiérarchie des actifs sans risque vient d'être chamboulée à la suite des tensions de ces derniers jours sur les rendements des emprunts d’Etat allemands. Alors que le Bund affichait globalement un taux d’intérêt inférieur à celui des obligations publiques américaines depuis mai 2009, la situation s’est inversée brutalement. Le spread entre les rendements du Bund et les Treasuries est passé de -4 points de base (pb) lundi dernier, et -17 pb en moyenne sur les quatre dernières semaines à +31 pb hier. L’adjudication ratée de la Finanzagentur du 23 novembre a révélé la défiance nouvelle des marchés vis-à-vis des obligations d’Etat allemandes.
Les investisseurs délaissent aussi le Bund au profit du Gilt. Les taux 10 ans britanniques étaient ainsi hier supérieurs de 3 pb aux allemands, alors que, sur les quatre dernières semaines, le spread moyen ressortait à -42 pb. A 5 ans aussi, les taux allemands sont supérieurs à ceux de la Grande-Bretagne. «Des gestionnaires d’actifs japonais ont déclaré hier qu’ils avaient échangé des Bunds contre des Gilts», relève Sebastien Galy, stratégiste change chez SG CIB. Cela continue d'être logique notamment en raison de la concentration de positions sur le Bund, tandis que le risque politique est difficile à anticiper, explique-t-il.
Les sorties des obligations d’Etat européens se généralisent. Les banques européennes ont commencé à alléger leurs positions sur ces titres dès cet été. Les investisseurs japonais suivent le même chemin. D’après les dernières données du bureau d'études EPFR du 18 novembre, les flux sortants des fonds obligataires européens se sont accélérés pour la deuxième semaine consécutive. Ces fonds enregistrent des retraits depuis dix semaines pour un montant total de 5,2 milliards de dollars, estime le bureau d'études. «Nous nous attendons à ce que les non-résidents continuent à vendre leurs titres souverains de la zone euro, y compris les emprunts d’Etat allemands», prévient Harvinder Sian, stratégiste taux chez RBS.
Dans ce contexte, les Treasuries sont considérés par les investisseurs comme la valeur-refuge la plus sûre malgré l’annonce de l'échec du super-comité sur la réduction du déficit public. Les Etats-Unis ont émis cette semaine des titres à cinq ans pour un rendement historiquement bas à 0,937%.
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