«Le QE de la BCE n’a fait qu’accentuer la dépréciation de l’euro»
- L’Agefi : Le QE de la BCE a-t-il produit tous ses effets à la baisse sur l’euro ?
- Jean-Luc Proutat : Alors qu’il n’a pas encore véritablement démarré, sa contribution reste difficile à isoler. Ce qui est sûr, c’est que le retournement à la baisse de la monnaie unique date d’avant. Il remonte à juin 2014, lorsque la BCE a décidé de taxer les dépôts constitués auprès d’elle, tout en prêtant à quatre ans à des taux proches de zéro. Les flux d’investissements de portefeuilles dirigés vers l’Union européenne se sont alors inversés, faisant place à des sorties nettes ; l’euro s’est déprécié. Le «QE», dès lors qu’il était anticipé, n’a fait qu’accentuer ce mouvement. Les rachats officiels de titres d’Etat, qui démarrent en mars, devraient l’entretenir.
- La hausse du dollar est-elle inquiétante pour l’économie américaine ?
- Celle-ci est beaucoup plus internationalisée que ne le suggère le faible poids des exportations dans le PIB (14%), les échanges intragroupes y occupent une grande place. Dès lors que l’appréciation du dollar entraîne celle des monnaies qui lui sont liées, c’est toute la base de production américaine qui se renchérit, qu’elle soit ou non localisée aux Etats-Unis. Le yuan chinois a, par exemple, gagné plus de 20% contre euro depuis huit mois, ce qui est considérable. La plupart des grandes sociétés indiquent une pression sur leurs chiffres d’affaire et leurs marges, ce qui pourrait freiner l’investissement. Face à cela, la consommation des Américains demeure toutefois robuste, et se trouve même dopée par la baisse des prix du pétrole. L’effet de la hausse du dollar est donc atténué. Mais on aurait néanmoins tort de le tenir pour négligeable.
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