Le protectionnisme canadien menace les visées chinoises dans le pays

Cnooc pourrait voir ses projets sur Nexen contrariés par la décision du Canada de bloquer le rachat de Progress Energy Resources par Petronas
Patrick Aussannaire

Jusqu’au ira le protectionnisme canadien ? Le ministre de l’industrie du pays, Christian Paradis, a jeté le 19 octobre au soir un nouveau pavé dans la mare en rejetant l’offre de rachat de 5,17 milliards de dollars locaux formulée par le groupe pétrolier malaisien Petronas sur Progress Energy Resources (PER). «J’ai envoyé une lettre à Petronas indiquant que je ne suis pas satisfait et que l’investissement proposé doit engendrer un avantage net pour le Canada» a-t-il ainsi précisé, ressortant des tiroirs l’Investment Canada Act datant de 1985 pour défendre sa décision.

Si le ministre des Finances Jim Flaherty a tempéré ces propos hier en indiquant que Petronas pouvait entamer des négociations pour sauver son offre, il a néanmoins précisé que la décision relevait de la seule responsabilité du ministre de l’industrie. Des propos interprétés comme un refus net de voir des groupes étrangers mettre la main sur les sociétés énergétiques canadiennes après le rejet de la reprise de Potash par BHP Billiton pour 40 milliards de dollars.

Dans ce contexte, les yeux sont rivés sur le sort qui sera réservé au rachat de Nexen par Cnooc pour un montant de 15,1 milliards de dollars locaux. Le géant chinois a mis toutes les chances de son côté en garantissant le maintien de tous les emplois, le transfert des quartiers généraux nord-américains à Calgary ainsi qu’une introduction sur le marché secondaire à Toronto.

En outre, si 100% des actifs de PER sont logés au Canada, seulement 32% de la production de Nexen est domestique, selon Bernstein Research. Une différence de taille qui n’empêche pas l’opération d’être très impopulaire dans le pays. Trancher contre le rachat de Nexen serait à double tranchant pour un pays qui dépend des investisseurs étrangers pour développer ses réserves énergétiques.

Si ce sont traditionnellement des groupes américains qui réalisent des investissements au Canada, un nombre croissant de sociétés asiatiques se sont tournées vers le pays. Au cours de sa visite au Canada le mois dernier, le ministre du Commerce chinois a appelé Toronto à traiter l’offre de Cnooc de manière «juste» et «objective».

Méfiant, le fonds souverain chinois CIC aurait déjà suspendu ses activités d’investissement au Canada depuis quelque temps dans l’attente de la décision du gouvernement sur Cnooc, qui a pour date butoir le 11 novembre, selon le Wall Street Journal.

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