Le projet de budget laisse attendre un vrai tour de vis après mi-2012
Seule la trajectoire compte. Le projet de loi de Finances 2012 (PLF) présenté hier table sur une réduction du déficit à 4,5% du PIB l’an prochain, contre 5,7 % cette année. En valeur, le déficit doit passer de 95,5 milliards à 81,8 milliards entre 2011 et 2012, et même à 80,8 milliards lorsque le milliard d’euros d’économies supplémentaires promis en août aura été voté par le Parlement, qui entame l’examen du texte le 18 octobre à l’Assemblée. Le ratio de dette sur PIB, lui, est censé amorcer sa décrue dès 2013 après un pic à 87,4% l’an prochain, incluant le soutien à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal.
Reste pour la France à faire le plus difficile: tenir parole. Le 24 août, pour respecter les temps de passage promis à Bruxelles, Paris avait déjà dû dévoiler les grands arbitrages du budget, avec 11 milliards de hausses d’impôts – dont la taxe sur les hauts revenus, la réduction de l’avantage fiscal Scellier, et, en bonus hier, une taxe CO2 sur les installations industrielles existantes.
Or, l’hypothèse de croissance retenue dans le PLF, à 1,75% pour 2012, dépasse toutes les prévisions des économistes. A moins de neuf mois des élections présidentielles et législatives, le projet de budget appelle donc un vrai tour de vis après la mi-2012. «Un nouvel effort budgétaire, via une probable hausse de la fiscalité, sera nécessaire afin de satisfaire un objectif de résorption du déficit public de l’ordre de cinq points de PIB en quatre ans», soulignaient hier les économistes de Natixis. Entre 2013 et 2015, le chiffre de croissance a été ramené à 2%.
La France peut pour l’instant gagner du temps grâce aux conditions de marché très favorables dont elle bénéficie, l’OAT servant, dans une moindre mesure que le Bund, de refuge. Entre avril et septembre, le coût moyen de ses émissions de maturité supérieure ou égale à 2 ans a diminué de 135 points de base. La charge de la dette, estimée à 45,4 milliards d’euros pour cette année, devrait passer à 48,8 milliards l’an prochain (au lieu des 50,5 milliards prévus par la loi de programmation des finances publiques l’an dernier). Ce qui en fait le premier poste de dépense de l’Etat. Outre l’effet volume, Bercy table aussi sur un «retour progressif, au cours des prochaines années, à des conditions normales de marché». Un choc de taux de 1% à la hausse sur l’ensemble de la courbe coûterait 2 milliards de plus d’intérêts en 2012.
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