Le programme record d'émission de dette complique la tâche du Royaume-Uni
L’aggravation sérieuse de la détérioration de l’économie d’outre-Manche officialisée hier par le chancelier de l’Echiquier, Alistair Darling, est lourde de conséquences pour les finances publiques britanniques. Le creusement du déficit britannique de 175 milliards de livres pour les douze prochains a conduit le DMO, le bureau de gestion de la dette publique, à un relèvement explosif de son programme d’émissions de titres d’Etat pour 2009-2010.
Initialement fixé à 147,9 milliards de livres, ce dernier a été finalement porté à 220 milliards, soit 40 milliards de plus qu’attendu. Alors que le bureau a placé 146,5 milliards de livres en 2008 et connu récemment des difficultés à vendre un Gilt à 40 ans, le montant annoncé constitue un véritable défi vu la capacité d’absorption limitée des investisseurs et du caractère domestique de la demande sur le marché obligataire britannique. De fait, les investisseurs britanniques représentent environ 65 % de la demande de Gilts contre 35 % pour les étrangers. Du coup, les taux à 10 ans ont bondi de 14 pb à 3,44 % hier, ce qui annule une partie de la baisse entamée depuis les achats d’actifs initiés en mars par la Banque d’Angleterre (BoE). Le DMO, se voulant rassurant, précise que la demande pour les Gilts, notamment les fonds de pension et assureurs, reste forte et stable.
La Grande-Bretagne devra d’autant mieux préparer ses émissions. « L’équation devient compliquée pour le Trésor britannique. Il devra réagir rapidement en autorisant le doublement de l’objectif de rachats d’actifs de la BoE à 150 milliards de livres, ce dernier visant à faire baisser les rendements obligataires et restaurer la confiance des marchés », explique Cyril Regnat, stratégiste taux chez Natixis. « Gigantesque, le programme d’émission du Trésor sera atteignable si le marché est bien préparé. Cela se fera au prix d’une dépréciation des obligations avant chaque adjudication. Afin d’attirer les investisseurs étrangers, il faudrait que la livre se déprécie encore », note pour sa part Ciaran O’Hagan, stratégiste taux chez SG CIB. Hier, la livre a reculé de 1,8 % face à l’euro.
Pour relever ce défi de taille, le DMO va recourir à diverses méthodes d’émissions. S’il compte réaliser 83 % du programme via des adjudications pré-annoncées, 11 % se feront via syndication, et 6 % via de mini-offres.
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