Le Portugal s’approche de la sortie de route
Censé circonvenir la crise de la dette des Etats périphériques de la zone euro, le Sommet européen qui s’ouvre aujourd’hui à Bruxelles ne pouvait se tenir dans un climat plus chahuté. Faute de pouvoir faire voter un nouveau train de rigueur budgétaire, le gouvernement Socrates a dû démissionner hier au Portugal. Quant à la réforme des modalités d’intervention de la Facilité européenne de stabilité financière (EFSF), elle a été repoussée à juin, sous la pression de la Finlande, en pleine période électorale.
Le gouvernement socialiste de José Socrates, qui ne dispose que de 97 sièges sur 230 au Parlement, devait obtenir au moins 116 votes pour faire adopter des nouvelles hausses d’impôt, des coupes dans les avantages sociaux et une hausse du prix des transports. Un nouvel ajustement que les économistes jugent nécessaire. D’autant qu’Eurostat, l’office statistique européen, pourrait revoir à la hausse le ratio de déficit 2010. A 7% du PIB, celui-ci a déjà été artificiellement réduit l’an dernier grâce à une astuce légale: l’inclusion des réserves de retraite de Portugal Telecom. Le déficit 2010 pourrait finalement intégrer des dépréciations sur BPN, une banque en faillite nationalisée en 2008, a reconnu hier le ministre des Finances Fernando Teixeira dos Santos. On parle de 2 milliards d’euros, soit l’équivalent de 1,1% du PIB.
La chute du gouvernement ouvre une période d’incertitude majeure pour le Portugal et les marchés. Le pays fait face à une tombée obligataire de 4,5 milliards d’euros en avril, pour laquelle il dit avoir la trésorerie nécessaire, et une autre de 5 milliards d’euros en juin. Compte tenu des paiements de coupons et du déficit primaire à financer, Deutsche Bank estime que les besoins de Lisbonne atteignent en fait 6,3 milliards et 8,5 milliards d’euros respectivement pour ces deux mois.
Le Portugal a certes réussi à conserver en 2011 son accès aux marchés de la dette à moyen long terme en servant des rendements prohibitifs, mais pour combien de temps encore? Ses taux se sont encore tendus hier de 13 à 20 points de base selon les maturités, et son CDS a renoué avec ses sommets de début janvier. La courbe portugaise présente sur sa partie de moyen terme une bosse caractéristique des emprunteurs en difficulté, avec un pic de 8,2% pour le taux à 5 ans.
Dans ces conditions, la perspective d’un appel à l’aide européenne se rapproche. Mais le vide politique au Portugal complique la donne. Le Premier ministre José Socrates, qui a prévu de se rendre aujourd’hui au sommet des chefs d’Etat, restera aux commandes jusqu’aux élections législatives, attendues dans un délai de 55 jours minimum. D’ici là, un gouvernement chargé d’expédier les affaires courantes peut difficilement prendre la responsabilité – ou même avoir les pouvoirs juridiques, selon la Constitution portugaise – d’appeler à l’aide l’Union européenne et le FMI. Une perspective à laquelle Lisbonne s’est toujours refusé ces derniers mois en dépit des pressions.
Dès lors, «en l’absence d’un soutien de l’EFSF, une intervention massive de la BCE sur le marché secondaire juste avant et juste après les adjudications du Portugal serait la seule manière d’offrir au pays un répit à court terme, le temps qu’un accord formel soit négocié», estimait hier Gilles Moëc, économiste chez Deutsche Bank.
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