Le plan européen échoue à apaiser les craintes sur la dette
Du plan européen dévoilé dimanche, les investisseurs n’ont retenu que les aspects négatifs. Et pour cause: les dirigeants européens ont brisé un tabou, celui de la restructuration éventuelle de la dette d’un Etat après mi-2013, sans expliquer comment ils comptaient circonscrire l’incendie irlandais. Résultat, l’ensemble des rendements périphériques à 10 ans s’est écarté de 20 points de base en moyenne, et les valeurs financières ont poursuivi leur chute.
«Les scénarios de sauvetage continuent à être faits pays par pays, ce qui encourage le phénomène de contagion, estime Romain Boscher, directeur des gestions de Groupama AM. Jusqu’à présent, les attaques se sont concentrées sur les trois pays dont les marchés de dette sont les moins liquides, c’est-à-dire la Grèce, l’Irlande et le Portugal. L’élément inquiétant est de voir que les forts écartements de spreads ont gagné lundi des marchés beaucoup plus larges, ceux de l’Italie et de l’Espagne».
Comme le résume un stratégiste, «les seules précisions que l’on ait eues dimanche sont plutôt des mauvaises nouvelles». Le futur mécanisme européen de stabilité (ESM), qui repose sur des clauses d’actions collectives à l’efficacité elle-même discutable, établit par exemple une hiérarchie défavorable aux détenteurs de dette souveraine. Les prêts accordés dans ce cadre aux Etats auront un rang senior – ceux du FMI jouissant d’une priorité supérieure encore. «L’Europe prétend préserver toutes les dettes souveraines émises jusqu’à mi-2013, mais les porteurs obligataires savent désormais qu’un défaut est possible et qu’ils seront considérés comme subordonnés aux prêts du FMI et des pays européens», souligne Romain Boscher.
L’ESM crée aussi une incertitude sur son déclenchement. Aujourd’hui, un Etat peut recourir au Fonds de stabilité s’il n’a plus accès au marché. Après 2013, il devra prouver qu’il ne rencontre qu’un problème de liquidité – ouvrant droit à l’aide – et que sa dette reste soutenable à moyen terme, sans quoi ses partenaires le conduiront à restructurer ses emprunts.
En laissant enfin à la Grèce jusqu’à 2021 pour rembourser les 110 milliards reçus de ses partenaires et du FMI, contre une date butoir initialement fixée à 2015, les dirigeants européens reconnaissent implicitement à quel point le redressement des finances publiques des pays les plus fragiles prendra du temps.
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