Le modèle russe est menacé par la montée du risque de déficits jumeaux
Est-ce la fin des «pétrodollars» pour la Russie? Malgré la vente par Moscou de 7,58% du capital de Sberbank qui a généré 5,8 milliards de dollars, les sorties de capitaux ont accéléré pour atteindre 13,6 milliards de dollars sur le trimestre achevé fin septembre et 5,9 milliards sur le seul mois de septembre, après 9,7 milliards au deuxième trimestre.
Depuis le début de l’année, les sorties de capitaux hors de Russie se montent à 57,9 milliards. «La prévision de la banque centrale d’un montant de 65 milliards sur l’année nous paraît toujours réaliste» estime BNP Paribas.
Un montant qui serait en baisse par rapport aux 80,5 milliards sortis en 2011, mais qui ne compenserait pas l’érosion de la balance des comptes courants. La banque centrale évoque en effet pour la première fois, dans son rapport de stratégie de mi-mandat, un déficit de la position extérieure du pays en 2015. L’excédent des comptes courants du pays devrait chuter de 79,9 milliards de dollars cette année à 25,2 milliards en 2013, pour virer ensuite en situation déficitaire de 8,8 milliards en 2015. Le FMI prévoit un déficit en 2016.
«Il s’agirait d’un paradigme macroéconomique totalement inédit pour une économie qui a forgé sa solidité sur les excédents extérieurs» estime Ivan Tchakarov, chef économiste chez Renaissance Capital. Entre 2000 et 2011, dopé par les prix du pétrole, l’excédent extérieur a atteint un montant cumulé de 785 milliards de dollars, soit 40% du PIB 2011. De quoi faire exploser les réserves de change de 20 milliards en 1998 à près de 500 milliards. Des réserves qui ont permis à Moscou d’injecter 200 milliards pour tempérer les effets de la crise de 2008 et à renflouer le fonds souverain à hauteur de 61 milliards et le fonds de retraite de 88 milliards.
Craignant des «déficits jumeaux», le gouvernement proposera aujourd’hui au parlement un budget caractérisé par un gel des dépenses après 1.145 milliards de roubles (28 milliards d’euros) de cadeaux accordés sur 2013-2015, auxquels s’ajoutent 20.000 milliards en dépenses militaires d’ici 2020 et l’explosion de la facture des retraites.
Le prix du pétrole qui équilibre le budget est de 110 dollars par baril, contre 55 dollars il y a cind ans. «Les déficits devront être financés soit en tapant dans les réserves, mettant sous pression le taux de change, soit en attirant les capitaux étrangers» estime Ivan Tchakarov.
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