Le MES profite de l’effet QE pour syndiquer un emprunt à rendement négatif
L’assouplissement quantitatif est en marche en Europe et produit ses effets sur le marché primaire. Le Mécanisme européen de solvabilité (MES) a réalisé mardi une syndication de dette à un rendement négatif, la première de l’histoire pour une agence publique ou supranationale (SSA). Le fonds de sauvetage européen a émis 3 milliards d’euros d’obligations d’échéance octobre 2017, soit une maturité de 2,5 ans, à un rendement de -0,07%. Bank of America Merrill Lynch, HSBC et UniCredit ont dirigé l’opération.
La demande a été énorme: plus de 9 milliards d’euros d’ordres en deux heures. Elle a permis de resserrer encore les conditions de l’emprunt, puisque le rendement initial proposé aux investisseurs était de -0,04%. Le papier a été pris à 34% par des banques centrales, 21% par des gérants, et 45% par des banques, mais davantage par les trésoreries, qui gèrent les fonds propres et la liquidité, que par les desks de trading. Par géographie, la zone euro représente 52% de l’allocation, suivie du Royaume-Uni et de la Suisse (21%) et de l’Asie (13%).
«Les investisseurs ont besoin d’avoir en portefeuille des signatures de cette qualité-là, et peu de papiers MES sont disponibles. L’effet QE joue pleinement: certains investisseurs anticipent une nouvelle baisse des rendements d’ici à la prochaine émission, et ce qui paraît cher aujourd’hui le sera relativement moins demain», explique Frédéric Gabizon, responsable du DCM secteur public européen chez HSBC.
Ce n’est toutefois pas la première fois qu’une signature non souveraine emprunte en euros à rendements négatifs cette année. Deux émetteurs allemands, Muenchener Hypo et le Land de Basse-Saxe, l’ont fait en février sur des maturités courtes (18 mois à 2 ans). Du côté des entreprises, GDF Suez a trouvé un rendement nul la semaine dernière sur un emprunt à 2 ans.
Le MES porte aujourd’hui 5,7 milliards d’euros de prêts à Chypre et 39,7 milliards d’euros de prêts à l’Espagne – pour laquelle il a accepté hier un remboursement anticipé de 1,5 milliard. Son programme de financement à moyen long terme a été fixé à 14 milliards d’euros cette année, auquel s’ajoute un encours de 10,9 milliards de titres courts visé à fin mars.
«Le choix d’une maturité à 2,5 ans comble un trou dans le profil de nos tombées de dette et cadre parfaitement avec la structure des prêts du MES», a indiqué Christophe Frankel, le directeur délégué de l’institution, dans un communiqué.
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