Le marché primaire high yield européen fait tomber les records

Moody’s estime que le montant des émissions à haut rendement pourrait approcher les 100 milliards d’euros cette année, soit une hausse de 20%
Patrick Aussannaire

Le marché primaire «high yield» (HY) en Europe est en passe de signer une année record. Dans une étude publiée la semaine dernière, Moody’s estime ainsi que les émissions européennes notées en catégorie spéculative pourraient atteindre un montant de 130 milliards de dollars (96 milliards d’euros) cette année. «L’environnement porteur sur le crédit augure d’une nouvelle année record pour les émissions», indique l’étude.

Sur les six premiers mois de l’année, Moody’s estime le montant des émissions HY à 65 milliards hors celles d’Altice et Wind, soit une hausse de 35%. Une performance d’autant plus que remarquable que la Turquie en est exclue du fait de sa notation Baa3, alors qu’elle avait contribué aux émissions à hauteur de 8 milliards de dollars sur l’année 2013. En outre, avec 26 milliards de dollars, les émetteurs HY de l’Europe périphérique ont déjà émis au premier semestre un montant supérieur à celui de 24 milliards émis sur l’ensemble de l’année dernière.

«Avec des émissions HY qui se montaient déjà à 88 milliards de dollars au premier semestre, il faudrait un retournement de marché important pour que le record de 107 milliards de dollars établi en 2013 ne soit pas battu avec une marge significative», précise ainsi Chetan Modi, directeur de l’équipe de dette financière européenne au sein de l’agence de notation. De son côté, Barclays a revu ses prévisions sur l’année entre 110 et 120 milliards d’euros sur toutes les devises, soit une hausse anticipée de 55% à 70%, et entre 80 et 90 milliards sur les émissions HY libellées en euros.

Le rendement moyen du HY, à 3,9%, se rapproche de ses plus bas, comme le rendement du Bund allemand à 1,15% vendredi. Si cela constitue une source d’inquiétude pour beaucoup, «les fondamentaux du crédit restent solides», estime SG CIB. Le taux de défaut reste faible à 2,2% et sur le deuxième trimestre, il y a eu cinq fois plus de relèvements de notation sur le segment du haut rendement que de dégradations, en dehors de celles liées directement à la crise ukrainienne, selon Moody’s.

Dans ce contexte, le rendement total offert depuis le début de l’année par le segment du HY se monte déjà à 5,04%. «Une fois que la stabilité sera revenue sur le terrain géopolitique et que la clarté sera faite sur la saga BES, les spreads devraient se resserrer et les rendements totaux devraient s’améliorer pour atteindre plus de 8% sur le HY à la fin d’année», selon SG CIB.

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