Le marché obligataire reste aveugle au risque de dégradation des Etats-Unis
Les Treasuries font toujours office de valeurs refuges face à la crise de la zone euro et malgré les inquiétudes sur la dette américaine
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Violaine Le Gall
Etonnamment, les bons du Trésor américains ne sont pas affectés par l’absence d’accord sur le plafond de la dette. Les avertissements des agences de notation n’ont pas non plus perturbé le marché obligataire outre-Atlantique. Alors que Moody’s envisage d’abaisser la note des Etats-Unis et que Standard & Poor’s a réitéré ses menaces, le taux à 10 ans américain s’est resserré de près de 30 points de base (pb) à 2,89% depuis début juillet. Compte tenu de l’aggravation de la crise de la zone euro, les investisseurs, à la recherche de valeurs refuges, font passer au second plan ces craintes sur la dette américaine. En mai dernier, les investisseurs étrangers ont acheté 37,9 milliards de dollars de bons du Trésor américains en net, le montant le plus élevé depuis janvier, d’après les données publiées hier par le Trésor.
Pourtant, le risque d’une dégradation de la note des Etats-Unis est bien réel après les avertissements des agences. Si le plafond de la dette n’est pas relevé, la note des Etats-Unis serait dégradée, «certainement dans la catégorie AA» d’après les stratégistes taux de Barclays Capital dans une note du 15 juillet. Si un accord est trouvé, elles pourraient néanmoins «maintenir leurs perspectives négatives sur la dette américaine, à moins qu’un accord soit conclu sur un plan de réduction du déficit à long terme, permettant une stabilisation puis une baisse du ratio dette/PIB», prévient Barclays Capital.
Sur le marché des Treasuries, seuls les rendements à 30 ans ont subi de légères tensions, passant de 4,17 % le 12 juillet à 4,25 % hier. Le taux à 30 ans ne s’améliorera probablement pas «jusqu'à ce que la question à plus long terme de l'équilibre de la sécurité sociale soit résolue», signale Barclays Capital.
«Le risque de dégradation, voire de défaut, n’est pas tout à fait intégré par les marchés, en tout cas par les swap spreads», confirme Cyril Regnat, stratégiste taux chez Natixis. Se basant sur la perte du AAA de l’Espagne et de l’Irlande l’an dernier, il prévoit, aux Etats-Unis, un retour du swap spread à 10 ans (écart entre le taux des swaps et le rendement des titres d’Etat) en territoire négatif , «probablement sous le point bas atteint l’an dernier à -10 pb», en raison de l’inquiétudes des investisseurs sur la dégradation des finances publiques, contre +14 pb actuellement. D’ici à fin décembre, le rendement des Treasuries devrait remonter à 3,50 %, anticipe-t-il.
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