Le marché du haut rendement fait les frais de l’aversion pour le risque
Des deux côtés de l’Atlantique, les indices high yield ont fait les frais des incertitudes sur la solidité de la reprise économique et sur le sort de la dette grecque. Aux Etats-Unis, le marché des CDS high yield vient de connaître treize séances consécutives de tension, une première depuis la correction ininterrompue de quatorze jours subie après la faillite de Lehman Brothers en 2008. En Europe, l’indice iTraxx Crossover, qui mesure le coût de la protection contre le risque de défaut des émetteurs notés BB+ au mieux, a bondi de 84 pb à 437 depuis début mai.
Les gestionnaires de fonds spécialisés font face à des sorties inédites. La semaine dernière, les investisseurs ont demandé des remboursements pour 3,5 milliards de dollars, un record qui surpasse celui de la deuxième semaine de juin (2,15 milliards), d’après le bureau d'études EPFR. Au total, les fonds high yield ont enregistré trois semaines consécutives de sorties, après dix semaines de collecte.
Outre l’environnement incertain, le marché primaire du haut rendement montre quelques signes de surchauffe. Les émetteurs sont nettement descendus dans l'échelle de notation. Depuis le début de l’année, 70% de ceux qui ont emprunté sur le marché étaient notés B+, B ou B- contre 52% en 2009, d’après Standard & Poor’s. Les perspectives de recouvrement en cas de défaut ont parallèlement diminué. L’agence de notation estime que le taux de recouvrement sera au plus bas niveau (soit entre 30 et 50%) pour 57% des émissions réalisées depuis le début de l’année, alors qu’en 2009, ce niveau de recouvrement ne concernait que 11% des opérations. Les investisseurs ont cependant dû accepter des conditions moins avantageuses. Une entreprise notée B a pu émettre sur les trois premiers mois de l’année avec un spread inférieur de 175 pb à ce qu’elle aurait obtenu en 2009, indique l’agence de notation.
Malgré cela, le segment du high yield reste relativement attractif. Les spreads sont encore élevés par rapport au taux de défaut. Ce dernier devrait encore rester inférieur à 2% aux Etats-Unis d’après le bureau d'études Creditsights. Surtout, c’est encore l’actif qui offre le meilleur rendement dans l’environnement actuel de taux bas. Depuis le début de l’année, il a atteint 3,3% en Europe, contre -2,2% pour l’indice actions DJ Euro Stoxx 50 et 0,4% pour la dette souveraine.
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