Le marché de la dette LBO peine à entrevoir la sortie de crise
Les acquéreurs de Clear Channel ont décidé de porter plainte contre les banques prêteuses pour les forcer à finaliser la transaction
Publié le
Tân Le Quang
Une sortie de crise pour le marché des leveraged loans n’est pas d’actualité. Loin de là. Un éventuel échec du rachat de Clear Channel Communications par les sociétés de private equity Bain Capital et Thomas H. Lee Partners pour 19,5 milliards de dollars, pourrait venir enfoncer davantage dans la crise ce compartiment de la dette. Les repreneurs ne sont pas parvenus à se mettre d’accord avec les banques prêteuses et ont décidé de porter l’affaire en justice pour les forcer à finaliser l’opération. Ces dernières auraient exigé des prédateurs davantage de garanties en cash et proposé des modalités de remboursement plus strictes mais sans succès. La clôture de l’opération avait été fixée à la fin du premier trimestre.
La non-finalisation de cette transaction pourrait ainsi mettre de l’huile sur le feu. Car en termes de valorisation, les dettes LBO continuent de subir la défiance des investisseurs. Même si un léger mieux se fait sentir, comme en témoigne le niveau actuel de 98 (contre 96,16 il y a une semaine), de l’iTraxx LevX Senior Series 2, qui suit les 75 CDS les plus liquides négociés sur le marchés des leveraged loans en Europe. La série précédente de l’iTraxx LevX, qui ne couvrait que 26 CDS, s'échangeait au 15 mars à seulement à 93,2, contre 99,6 en octobre. En parallèle à la détérioration des indices, l’atonie du marché secondaire a contraint début mars Lloyds TSB à annoncer la fermeture de son département dédié au trading de leveraged loans.
Selon Bank of America, les banques ont réduit leur exposition à la dette LBO en souffrance de 163 à 129 milliards de dollars au début 2008 en les cédant avec une forte décote. Lors des récentes publications de résultats, Goldman Sachs et Lehman Brothers avaient dévoilé des allègements respectifs de 23 et 6,1 milliards de dollars de leurs positions à 20 et 17,8 milliards de dollars. Le stock de Morgan Stanley, lui, s’est appauvri de 20 % à 16 milliards. Si ce marché peine à séduire les investisseurs, les décotes actuelles font l’affaire des fonds de distressed debt qui se précipitent sur le marché depuis la fin 2007. D’ailleurs, selon des rumeurs, les banques chargées du financement du rachat de Clear Channel Communications comme Royal Bank of Scotland, Morgan Stanley et Credit Suisse chercheraient des repreneurs pour leur part de dette.
NatWest et Santander ont émis des obligations subordonnées Additional Tier 1 (AT1) remboursables par anticipation seulement après 10 ans, au lieu des 5 ans habituels. Pour les banques, cela repousse les échéances de leur refinancement. Pour les investisseurs, les risques de dépréciation et de non-remboursement à date de «call» augmentent.
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