Le marché craint une relance de la guerre technologique
Un bel exemple d’effet domino dont les investisseurs se seraient bien passés. L’arrestation samedi dernier de la directrice financière de Huawei Technologies par la justice canadienne, à la demande des Etats-Unis, a relancé les craintes d’une guerre technologique avec la Chine, provoquant une cascade de baisses sur les marchés financiers.
Au moment de rendre l’information publique mercredi, Ottawa n’a pas indiqué les motifs de l’arrestation de Wanzhou Meng, fille du fondateur du premier équipementier de réseaux de télécoms et du deuxième fabricant de smartphones au monde. Selon plusieurs médias américains, elle sera liée à une violation des sanctions contre l’Iran imposées par Washington. Alors que Huawei a affirmé n’être au courant «d’aucun agissement répréhensible», la Chine a demandé la libération immédiate de Wanzhou Meng, qui risque l’extradition aux Etats-Unis, a précisé le ministère de la Justice canadien.
Cet épisode survient alors que les Etats-Unis et la Chine avaient fait retomber les tensions commerciales samedi : en marge du sommet du G20 à Buenos Aires, les présidents Donald Trump et Xi Jinping se sont engagés pendant les 90 prochains jours à ne pas imposer de nouveaux droits de douane sur les importations et à trouver un accord sur le commerce. Les effets de ce timide rabibochage auront été tués dans l’œuf par l’arrestation de Wanzhou Meng.
Les marchés boursiers ont accusé le coup hier : l’indice japonais Nikkei a terminé en baisse de 1,9%, tandis que le Hang Seng de Hong-Kong a perdu 2,5% et le Shanghai Composte chinois 1,7%. L’Europe n’était pas en reste: l’indice paneuropéen Stoxx 600 et le CAC 40 ont respectivement abandonné 3,1% et 3,7%, naviguant dans leurs niveaux les plus bas depuis deux ans, tandis que le FTSE 100, l’indice phare du London Stock Exchange, a cédé 3,4%. Outre-Atlantique, les choses allaient à peine mieux : le Dow Jones Industrial Average a clos en baisse de 0,31%, et le Nasdaq Composite des valeurs technologiques en hausse de 0,37%.
Les matières premières également concernées
L’annonce a également fait décaler certaines matières premières, dont la baisse a été accentuée par une chute des prix du pétrole de 5% (en raison de la crainte d’une réduction plus forte que prévu de la production par l’Opep et ses alliés). Le prix du cuivre à trois mois sur le London Stock Exchange a par exemple reculé de 1,2% dans l’après-midi à 6.100 dollars la tonne, son plus bas niveau depuis le 14 novembre. Le cours spot du palladium chutait lui de 3,8% à 17h45 GMT. Valeur refuge, l’once d’or s’adjugeait 0,28% peu avant, atteignant un sommet depuis le 17 juillet. Du côté des matières premières agricoles, le soja, le blé et le maïs perdaient du terrain dans la journée sur le Chicago Board of Trade, de même que le sucre et le coton sur l’Intercontinental Exchange, les investisseurs craignant une baisse de la demande.
Ces réactions s’expliquent notamment, selon les professionnels de marché, par la crainte que les tensions commerciales se muent en guerre technologique, aux implications encore plus importantes. «Pour les marchés, c’est la pire des choses. L’économie mondiale est tellement intégrée au niveau technologique que si l’on touche à cela et si empêcher la Chine d’avancer dans ce domaine devient une sorte de cheval de bataille des économies occidentales, il sera difficile de trouver une trêve», indique Gregori Volokhine, président de Meeschaert Financial Services, dans un entretien à Reuters. Il rappelle d’ailleurs que «la Nouvelle-Zélande, l’Australie ou encore British Telecom ont banni Huawei pour l'équipement de leur réseau».
Plus d'articles du même thème
-
Deutsche Börse échapperait à une supervision européenne obligatoire
Berlin a obtenu une dérogation pour que la place boursière allemande puisse rester sous le contrôle de son régulateur national, selon le Financial Times. -
« Les facteurs techniques et l’appétit des investisseurs plaident pour une position modérément surpondérée »
Bart aan de Toorn, gérant et membre du comité d'investissement de l'équipe crédit chez VLK IM -
«Nous anticipons une appréciation du yen d'ici à la fin de l'année»
Evelyn Herrmann, économiste Europe chez Bank of America -
«La hausse des taux de la BCE devrait être la seule pour 2026 et 2027»
Sebastian Paris Horvitz, directeur de la recherche chez La Banque Postale AM -
Les méga-IPO sont le dernier signe avant-coureur de bulle spéculative
L’introduction hors norme sur le Nasdaq de SpaceX a attiré une demande plus de 4 fois supérieure à l’offre avec une hausse de près de 20% de l’action à la première cotation. D’autres méga-IPO vont inonder le marché, avec des airs de déjà-vu et un parfum de bulle spéculative. -
« La croissance des bénéfices dans l’UE devrait être inférieure au consensus »
Michele Morganti, stratégiste actions senior chez Generali Investments
ETF à la Une
WisdomTree dévoile un ETF sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle
- BlackRock lance à son tour un ETF arrimé à l’économie spatiale
- Jean-Baptiste Delabare (Montpensier Arbevel) : «La fusion nous a apporté une diversification que nous n'avions pas»
- Marc Riez (Vega IS) : «Nous avons engagé des discussions avec Novobanco au Portugal»
- Capital Group s'apprête à lancer ses ETF actifs en Europe
- L'AMF pourrait ouvrir les OPCVM aux cryptos
Contenu de nos partenaires
-
Onde de chocAffaire Lyhanna : le dilemme d'Emmanuel Macron
Face à la crise provoquée par la mort de la jeune Lyanna, le chef de l'Etat doit trouver la bonne distance et les mots justes pour témoigner de l'empathie sans chercher à instrumentaliser -
« Dans les start-up de défense, le réseau compte autant que la technologie »
Pour l'investisseuse Louise Boucher, avoir le bon produit ne suffit pas. Les jeunes entreprises d'armements doivent rapidement recruter des profils ayant de bonnes connexions chez les décideurs militaires -
Shahed, fais-moi peurGuerre des drones : l'effervescence française
Avec ses start-up Alta Ares et Harmattan AI, la France compte de nombreux atouts dans le secteur des drones. Mais la compétition européenne et la production ukrainienne à grande échelle menacent leur percée sur un marché en mutation rapide