Le malheur de Julius Baer fait le bonheur de Safra dans le dossier Sarasin

Il s’agit du deuxième échec consécutif pour Julius Baer qui a déjà tenté d’acquérir ABN Amro cette année
Marc Guéniat, à Genève

Depuis que Rabobank a annoncé, voici six mois, son intention de se débarrasser de sa participation dans la banque Sarasin, les noms d’acquéreurs potentiels ont abondamment circulé. Il y a d’abord eu cette lettre des cadres de l'établissement bâlois réclamant la possibilité de racheter eux-mêmes les actions en mains néerlandaises. Puis, les candidatures de Raiffeisen et surtout de Julius Baer ont été évoquées avec insistance.

Vendredi soir, un communiqué a indiqué que c’est le Groupe Safra qui a mis la main sur la septième banque privée de Suisse, avec 101,6 milliards de francs d’actifs sous gestion au 30 juin. Sous réserve de l’approbation des autorités de surveillance, le groupe helvético-brésilien empoche ainsi 46,07% des actions de Sarasin, représentant 68,63% des droits de vote.

L’exclusion de Julius Baer n’est pas si surprenante. La plus grande banque strictement privée de Suisse présente un modèle d’affaires très similaire à celui de la banque bâloise, avec une activité bien ancrée en Europe, au Moyen-Orient et en Asie. Le groupe Safra est au contraire mieux implanté aux États-Unis. Cette proximité avec les activités de Julius Baer a fait craindre à la direction de Sarasin que l’opération induise des suppressions de postes de travail. Un tel contexte aurait rendu les synergies difficiles à réaliser, note Dirk Becker, analyste chez Kepler. C’est pourquoi il estime positif pour les actionnaires de Julius Baer que le rachat n’ait pas eu lieu, même si elle lui aurait permis de quasi-doubler la masse de ses avoirs sous gestion.

Chez Helvea, Peter Thorne considère à l’inverse Julius Baer comme le vrai perdant de l’opération, puisqu’il échoue dans sa tentative de réaliser une fusion sur le marché suisse pour réduire ses coûts. Il s’agit d’ailleurs du deuxième échec qu’encaisse cette banque en quelques mois, puisqu’elle était également sur les rangs pour acquérir la gestion de fortune suisse d’ABN Amro, finalement revenue dans l’escarcelle de l’Union bancaire privée.

Cette opération pourrait inaugurer le début des grandes manœuvres dans la banque privée suisse, confrontée à une baisse de rentabilité, selon l’Association suisse des banquiers. Dès lors, la recherche d'économies d'échelle devrait conduire à une hausse significative des fusions et acquisitions, prédit le cabinet de conseil KPMG.

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