Le Japon semble avoir épuisé son arsenal pour relancer la croissance

Si le pays a mis fin à deux trimestres de contraction de son PIB, ce dernier reste toujours inférieur à son niveau d’avant la hausse du taux de TVA.
Patrick Aussannaire

Les «Abenomics» sont à bout de souffle. Le PIB japonais s’est certes repris de 0,6% au dernier trimestre 2014, mettant ainsi un terme à deux trimestres de contraction à la suite du relèvement du taux de TVA début avril, grâce à une contribution positive de la demande privée et du commerce extérieur à la croissance de respectivement 0,3 et 0,2 point. Pourtant, ce rythme est inférieur de 0,3 point aux attentes du consensus. Le PIB réel restait toujours à fin décembre inférieur de 1,7% à son niveau de fin mars 2014, avant la hausse du taux de TVA, et la demande intérieure finale à hauteur de 3,7%.

Le PIB aura été stable sur l’année civile 2014, mais avec de fortes variations trimestrielles. «Des doutes croissants sur la capacité de Shinzo Abe à redynamiser le Japon se font jour. Même après la chute du yen de 35% contre dollar depuis son point haut de 75, et après les 1.300 milliards de yens injectés depuis novembre 2012, le rebond de la croissance devrait être limité à 1,5% en 2015», estime SG CIB. Une projection proche de celle de 1,4% formulée par la BoJ, mais inférieure à celle de 2,2% du gouvernement, qui mise sur son plan de relance budgétaire de 3.100 milliards de yens.

Si la BoJ est censée maintenir le statu quo à sa réunion qui se tient aujourd’hui et demain, ses prévisions de croissance semblent déjà battues en brèche. Barclays souligne qu’un rythme annuel de hausse du PIB de 8,7% sera nécessaire au premier trimestre pour atteindre sa projection de -0,5% sur l’année fiscale 2014. «Une révision à la baisse des projections d’inflation devrait intervenir lors de sa réunion de juillet, et s’accompagner d’un assouplissement supplémentaire sous la forme d’une hausse des rachats d’ETF», estime Barclays.

Plusieurs freins semblent néanmoins retenir l’autorité. Dans le cadre de son programme actuel, la BoJ assèche déjà la liquidité en mettant la main sur 95% des émissions d’obligations d’Etat (JGB). «Sa détention de 25% des encours totaux de JGB constitue en soi un risque, qui a conduit à une hausse de la volatilité des CDS japonais mesurant le risque de crédit du pays», alerte ainsi SG CIB. En outre, BNP Paribas se fait l’écho d’une inquiétude croissante dans le pays en indiquant que «la politique de dépréciation délibérée du yen par le biais d’un assouplissement monétaire agressif s’est en fait avéré être un frein à la croissance en 2014» en augmentant le coût des importations.

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