Le Japon menace d’intervenir sur le marché des changes

Le ministre des finances a prévenu ce matin que les autorités agiraient « de façon décisive » si la spéculation sur le yen devait perdurer
Patrick Aussannaire

Si Tokyo semblait jusqu’à présent résigné à voir sa devise s’apprécier, les plus hauts fraîchement atteints ont contraint les autorités à durcir le ton. Le ministre japonais des finances, Jun Azumi, a indiqué ce matin à la presse que le niveau record atteint vendredi par le yen depuis la Seconde guerre mondiale contre dollar à 75,78 yens était lié à «des mouvements spéculatifs et ne reflète en rien les fondamentaux économiques». Et d’ajouter sous forme d’alerte que «si cela devient excessif, nous devrons prendre des mesures décisives», alors que la BoJ doit se réunir jeudi. Jun Azumi avait indiqué fin septembre que la réserve de fonds disponibles destinée à intervenir sur le marché des changes serait augmentée de près de 50%, soit 15.000 milliards de yens, à 46.000 milliards.

Sur le marché monétaire, le solde des achats nets en yens a atteint un excédent record depuis 2005 de 14.800 milliards de yens sur les neuf premiers mois de l’année. «Compte tenu du rendement des obligations américaines, les obligations japonaises sont attractives» rappelle Makoto Noji, stratégiste chez SMBC Nikko Securities. Face à la faiblesse du dollar, qui a perdu 6,5% contre yen depuis le début de l’année, le gouvernement a mis la pression vendredi sur la BoJ en indiquant qu’elle devrait «soutenir l’économie par la mise en œuvre d’une politique monétaire déterminée et appropriée». BNP Paribas estime que la meilleure solution à l’envolée du yen serait que «la BoJ opte pour un quantitative easing».

Malgré l’envolée du yen, la balance commerciale est repassée dans le vert en septembre, avec un excédent de 300,4 milliards de yens, après un déficit de 775,3 millions en août. L’excédent reste néanmoins en baisse de 61,2% sur un an. Les exportations ont crû de 2,4% sur un an, à 5.980,7 milliards, leur deuxième mois de progression consécutif. Le consensus Bloomberg attend néanmoins une contraction de l’économie japonaise de 0,4% cette année.

Face à l’inefficacité des dernières interventions sur le change unilatéralement en septembre 2010 et avec l’appui des autres pays membres du G7en août dernier, le gouvernement a opté pour une autre stratégie. Un plan visant à allouer 2.000 milliards de yens (18 milliards d’euros) de subventions pour inciter les entreprises affectées par le yen à maintenir leurs activités dans l’archipel et soutenir la croissance a ainsi été approuvé vendredi dernier.

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