Le Japon est la principale victime collatérale de la crise des pays émergents
L’appréciation du yen contre toutes devises et la mauvaise performance du marché actions depuis le début de l’année gênent l’action de la BoJ
Publié le
Patrick Aussannaire
La crise que traversent les pays émergents ne fait pas les affaires du Japon. Les autorités nippones, qui ont axé leur politique sur la dépréciation du yen et le rebond du marché actions depuis l’élection du premier ministre Shinzo Abe, ont vu la devise bénéficier de son statut de monnaie refuge sur janvier. Celle-ci s’apprécie de 3% contre dollar et 4% contre euro, après une chute de 15% et 16% en 2013.
Avec une hausse de 4,3% en 2014, le yen signe ainsi la meilleure performance des dix principales devises dans le monde, devant celle du dollar (+1,2%) et de l’euro (0,4%). «L’aversion pour le risque devrait soutenir le yen contre dollar, et nous n’excluons pas un retour de la parité sous le seuil des 101 à court terme», estime Citigroup.
Le yen est également recherché face aux devises matières premières, avec une appréciation de 4%, 5% et 8% contre les dollars néo-zélandais, australien, et canadien. Mais c’est vis-à-vis des devises émergentes que la tendance est la plus marquée, avec une hausse de 6% contre le real brésilien, 11% contre le rouble, 5% contre la roupie indienne, 12% contre le rand sud-africain, et 10% contre la livre turque. «La hausse de la volatilité des devises ainsi que les fortes positions vendeuses accumulées sur le yen l’ont rendu sujet à des risques haussiers», explique CA CIB.
Dans le même temps, l’indice Nikkei accuse une chute de 7,8% depuis le début de l’année, et l’indice Topix de 6%. Des contre-performances bien supérieures à celles affichées par l’Euro Stoxx et le S&P 500, en recul plus modéré de 3,2% et 4%. Elles sont également décevantes face à ses voisins asiatiques puisque l’indice hongkongais Hang Seng recule de 5,5%, celui de Shanghai de 4%, celui de Taiwan de 2%, et le Kospi sud-coréen de 3,5%.
Cela pourrait offrir à la BoJ l’occasion d’accroître ses rachats d’actifs. «Dans la mesure où un assouplissement supplémentaire bénéficierait d’un accord tacite des Etats-Unis et serait bienvenu de la part des pays rencontrant des difficultés, cela pourrait contribuer à stabiliser les marchés», estime Citigroup.
D’autant que des inquiétudes demeurent quant à l’impact du relèvement de la TVA, qui sera effectif début avril, sur l’activité japonaise. ING estime qu’une chute de la parité du yen contre dollar à un seuil de 90, soit une appréciation supplémentaire de 13%, pourrait mettre la BoJ en alerte.
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