Le gouvernement japonais pourrait être tenté de repousser la hausse de la TVA
Le programme économique «Abenomics» du premier ministre japonais est pris dans ses contradictions. La hausse de la TVA à 8% en avril 2014 puis à 10% en octobre 2015, mesure phare de la «quatrième flèche» du plan d’action du gouvernement nippon de Shinzo Abe pour sortir l’économie de sa torpeur et revenir à un rythme de hausse modéré des prix de 2%, ne convainc pas les marchés qui la perçoivent comme une mesure d’austérité qui met en péril ces objectifs.
Le point mort d’inflation japonais à 5 ans, différence entre le rendement d’une obligation classique et celui d’une obligation indexée sur l’inflation mesurant les anticipations d’inflation des investisseurs, est tombé la semaine dernière à 1,03%, après avoir atteint un plus haut historique de 1,89% le 23 mai dernier, à la suite des mesures d’assouplissement monétaire prises par la Banque du Japon (BoJ). Un niveau qui s'éloigne ainsi des 2% d’inflation visés par l’autorité.
«Il est presque inévitable que la hausse de la TVA, si elle est mise en place comme prévu, entraîne au moins un trimestre de contraction du PIB en 2014, et au moins un de plus en 2015», estime ainsi Julian Jessop de Capital Economics, qui rappelle que l’unique hausse de 3% à 5% mise en place par Tokyo en avril 1997 a été considérée comme une des causes de la chute de l’économie japonaise en récession en 1998. Le cabinet ministériel nippon estime lui-même qu’une hausse d’un point du taux de TVA entraine une réduction du PIB de 0,5%.
Et Paul Sheard, analyste chez S&P, d’estimer que le gouvernement «met la charrue avant les bœufs», et devrait «mettre fin une fois pour toutes à la déflation», avant d’envisager des mesures de réformes fiscales, certes nécessaires pour garantir la faiblesse des rendements. D’autant que cette mesure semble incohérente avec la politique de relance monétaire et fiscale mise en place par les autorités, et qui a permis de voir la confiance des consommateurs progresser pour le deuxième trimestre consécutif, à -4,8 points en juin, selon l’enquête de la BoJ.
Dans ce contexte, la pression est forte pour que Shinzo Abe, qui fait face à des élections cruciales des représentants de la chambre haute du parlement le 21 juillet, repousse la mise en place de cette mesure. Il s’agit pourtant d’un test sur la crédibilité budgétaire du gouvernement. Le taux à 10 ans reste pour l’heure stable entre 0,80% et 0,90%, à 0,88% hier.
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