Le dérapage du déficit américain risque de susciter l’inquiétude des investisseurs
Dans combien de temps les marchés vont-ils s’inquiéter du dérapage des finances publiques américaines? Après les pays européens, c’est le déficit américain qui est montré du doigt par un rapport du Congressional Budget Office (CBO). L’organisme indépendant a lancé un pavé dans la mare en annonçant hier que le déficit budgétaire américain devrait atteindre le niveau record de 1.480 milliards de dollars en 2011, soit 9,8% du PIB. En 2010, le déficit avait été réduit à 1.290 milliards de dollars, soit 8,9% du PIB, après être monté à 10% du PIB, soit 1.410 milliards, en 2009.
Et le niveau de la dette publique de dévisser à un rythme nettement plus soutenu que prévu. A 62,1% du PIB en 2010, la dette publique atteindrait 69,4% fin 2011, un niveau initialement anticipé par le CBO pour l’année 2020. A présent, c’est à 76,2% du PIB que le niveau d’endettement devrait se situer en 2020. Une prévision optimiste. Le CBO estime que l’endettement pourrait atteindre 97% du PIB si le programme de baisse d’impôts et le «Medicare» sont maintenus.
Les mesures de réductions d’impôts décidées en décembre devraient peser à elles seules 858 milliards de dollars dans le budget 2011. Et les plans de relance ayant creusé les déficits depuis le début de la crise n’ont eu qu’une efficacité réduite. Le CBO prévoit que le taux de chômage devrait rester élevé à 9,2% à la fin de l’année, puis à 8,2% fin 2012, et ne retournerait à ses niveaux d’avant crise (autour de 5,5%) qu’en 2016. Concernant la croissance, le CBO s’attend à ce que le PIB réel augmente de 3,1% cette année et de 2,8% l’an prochain.
Le rapport ébranle en moins d’un jour l’effet des mesures annoncées lors du discours sur l’état de l’Union. L’arrivée à la retraite dans les toutes prochaines années de la génération «baby boom» ne risque pas de simplifier la tâche du gouvernement. La hausse de la dette conduit selon la société de gestion GaveKal à «une baisse des actifs, le secteur privé sachant que les dépenses d’aujourd’hui sont les impôts de demain». Alors que les pays européens les plus fragiles (Espagne, Grèce, Grande-Bretagne, Irlande, Portugal) se lancent dans des plans de réduction des déficits extrêmement agressifs et que d’autres connaissent une croissance solide (Allemagne), les Etats-Unis devront tabler bien plus fort que le plan actuel pour gagner la confiance des investisseurs.
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