Le cas Seat PG illustre la difficulté à définir un événement de crédit
La notion d’événement de crédit est décidément bien difficile à saisir. Elle a déjà été âprement débattue lorsque les Européens ont décidé de passer une décote de 50% sur les obligations grecques. Le problème n’est pas moins épineux lorsqu’il s’agit de dette corporate. En témoigne la division des membres de l’International Swaps and Derivatives Association (Isda) au sujet de la dette de Seat Pagine Gialle.
Le groupe des «pages jaunes» italiennes n’a pas payé 52 millions d’euros de coupons sur sa dette subordonnée comme prévu le 31 octobre dernier. Il a décidé d’ouvrir une période de grâce de 30 jours qui expire aujourd’hui. Pour déterminer si ce délai ne constitue pas un événement de crédit susceptible de déclencher les CDS sur la dette, les 15 membres du comité de détermination européen de l’Isda (dix «sell-side» et cinq «buy-side») ont décidé de se réunir pour y voir plus clair.
«Une mère n’y retrouverait pas ses petits, les contrats de CDS sont extrêmement compliqués car le risque de crédit est lui-même très difficile à saisir», explique Alain Gauvin, avocat associé chez Lefèvre Pelletier et associés. L’Isda prévoit qu’un événement de crédit peut, entre autres, être déclenché en cas de faillite, de moratoire, d’incapacité à payer ou de restructuration. Mais «en dépit de la sophistication des règles de l’Isda, il y a toujours des questions pour lesquelles il est difficile de trouver une réponse», ajoute l’avocat.
Après avoir reporté trois fois toute décision, huit banques du comité ont voté lundi pour l'événement de crédit, mais sept autres membres l’ont nié. A défaut d’une majorité suffisante (douze votes) pour emporter la décision, l’Isda va passer le dossier à un groupe composé de trois experts indépendants.
Cette procédure n’a été utilisée qu’une fois jusqu’à présent, dans le cas du cimentier mexicain, Cemex, en novembre 2009. Alors que neuf des membres du Comité de détermination jugeaient qu’il n’y avait pas d’événement de crédit, les experts indépendants ont finalement décidé du contraire au bout de quelques semaines.
Le cas de Seat ne s’arrête pas là. Si le groupe ne respecte pas ses échéances à l’issue de la période de grâce aujourd’hui, une nouvelle question pourrait être posée au Comité de détermination sur un événement de crédit. Dans ce cas, il pourrait trancher sans faire appel aux experts extérieurs.
Plus d'articles du même thème
-
Nippon Paint convoite les peintures décoratives d’Akzo Nobel
Le groupe japonais a proposé 7,5 milliards d’euros pour acquérir cette activité auprès du chimiste néerlandais. Mais celui-ci privilégie sa fusion avec l’américain Axalta. -
Les banques allemandes veulent récupérer les garanties perdues à cause des sanctions russes
Deutsche Bank, HVB et Commerzbank ont intenté un procès à l’entreprise Linde. Elles lui avaient accordé des garanties pour un projet gazier qui a été annulé à cause des sanctions internationales contre la Russie. Le résultat du procès pourrait influer sur la manière dont les banques envisagent leurs garanties dans des pays politiquement exposés. -
Mastercard sécurise son futur sur la blockchain
L'entreprise souhaite proposer à ses clients à la fois des cartes pour payer en cryptomonnaie, des stablecoins pour les paiements transfrontaliers et des dépôts tokenisés pour les banques. -
Lhyfe fait entrer l’allemand Messer au capital de ses sites de production
Le groupe allemand signe également un contrat d’approvisionnement en hydrogène renouvelable sur dix ans auprès du producteur nantais d’hydrogène vert. Le cours de Lhyfe, après avoir touché un point bas, rebondit de plus de 30%. -
Souveraineté : la compétitivité européenne passera par l’investissement dans ses entreprises technologiques
Christophe Hautin, gérant actions senior chez Allianz Global Investors, explique dans cette tribune pourquoi, comme le constatait notamment le rapport Draghi publié en 2024, il y a une urgente nécessité de mobiliser davantage de capitaux vers les entreprises technologiques européennes afin de soutenir la compétitivité, l'innovation et l'autonomie stratégique du continent. -
Le second semestre 2026 se complexifie pour les allocataires
Le mid-year outlook 2026 d'iCapital identifie plusieurs tendances parmi lesquelles une vigilance croissante au sujet de la rentabilité de l'IA et une dispersion des performances des gérants surtout dans le non-coté.
ETF à la Une
Amundi lance un ETF sur les actions monde
Contenu de nos partenaires
-
« La France davantage ciblée » : la Russie accusée de mener une vaste campagne cyber en Europe
Le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot a annoncé ce lundi la convocation de l’ambassadeur russe après avoir révélé l'existence d'une vaste campagne cyber d'espionnage et de sabotage menée par le FSK et les hackers de « Turla ». -
RIPMais que va faire Donald Trump sans son allié Lindsey Graham ?
La mort du sénateur républicain de Caroline du Sud prive le président américain de son meilleur négociateur au Sénat et de l'un des principaux architectes de sa politique étrangère -
Tetris agronomiqueCanicule et sécheresse : l'agriculture française face au mur de l'adaptation au changement climatique
L'agriculture française, en première ligne face aux sécheresses et aux coups de chaud, multiplie les chantiers d'adaptation et met en garde contre la tentation de la simplification.