Le billet vert continue à naviguer en eaux troubles
L’avalanche de mauvaises nouvelles la semaine dernière, allant des difficultés de liquidités de Bear Stearns au défaut du fonds coté Carlyle Capital Corp, a exacerbé les craintes d’une escalade de la crise financière. Surtout, elle a lourdement pesé sur le billet vert. La rapidité à laquelle le dollar s’est ébranlé face à l’euro est pour le moins déconcertante. De fait, l’euro/dollar flirtait avec la barre des 1,57 à 1,5688 vendredi en séance, un record. La parité se traitait en fin d’après imdi à 1,5628, contre 1,535 lundi dernier. Après avoir atteint un plancher historique depuis 1995 à 99,57 jeudi, le dollar/yen, lui, s'échangeait autour du seuil psychologique des 100 à 100,11 vendredi.
De plus en plus tiraillé par les réactions excessives du marché aux événements, le billet vert continue allègrement de rendre les investisseurs nerveux, comme en témoigne la volatilité hebdomadaire atteinte par le dollar/yen et l’euro/dollar. Elle touche les niveaux respectifs de 11,5 % et 16,8 % contre des moyennes historiques depuis 2003 autour de 9 %. D’ailleurs, suite au vif renforcement de l’euro à des niveaux sans précédent, les dirigeants européens sont montés au créneau sur la sous-évaluation de la devise américaine et ses répercussions sur les exportations. « La volatilité excessive et les mouvements désordonnés des taux de change sont indésirables pour la croissance économique. Dans les conditions actuelles, nous sommes préoccupés par les mouvements excessifs sur les marchés des changes », ont précisé les dirigeants de l’Union européenne dans un communiqué adopté à l’issue de leur sommet à Bruxelles
Mais la monnaie américaine pourrait encore souffrir. Alors que le ralentissement économique aux Etats-Unis a détruit des emplois en février, le dollar risque fort bien de pâtir de la poursuite de l’assouplissement monétaire de la Fed. D’ailleurs, la probabilité d’une baisse de 75 points de base (pb) supplémentaires lors du prochain comité de politique monétaire de demain soir, telle qu’exprimée sur le marché des futures vendredi en pleine séance, a atteint 66 %, alors qu’un nouveau scénario d’une baisse de 100 pb a subitement émergé avec 34 % de probabilité. Le premier scénario ramènerait, lui, l’objectif des fonds fédéraux à 2,25 %, ce qui ne ferait que diminuer l’attractivité du dollar en termes de rendement, le différentiel avec la zone euro s’établissant, dans ce cas à 1,75 %.
Par ailleurs, les chiffres publiés vendredi et faisant état outre-Atlantique d’une chute de la confiance des ménages et d’une inflation (CPI) stable en février ne font que conforter la politique d’assouplissement agressive de la Fed. Même s’il est resté à un niveau de 4 % en rythme annuel, le chiffre de l’inflation en février s’est avéré inférieur au consensus de 4,3 %.
La gravité de la situation sur le dollar est telle qu’avant même la publication des chiffres du CPI et de la divulgation de l’accord de financement entre Bear Stearns, JPMorgan et la Fed, certains sur le marché évoquaient l’éventualité d’une intervention coordonnée des banques centrales visant à soutenir le billet vert. De fait, vendredi matin, le dollar s’était temporairement apprécié de 0,52 % face à la monnaie unique suite aux propos des stratégistes de Goldman Sachs et Morgan Stanley qui voient s’accroître fortement les chances d’une intervention, qui serait d’ailleurs la première depuis treize ans. Cette dernière démontrerait, si elle a lieu, l’impuissance des politiques monétaires des banques centrales et de leurs initiatives en matière de liquidité face à la débâcle du dollar.
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