L’alliance de l’EFSF et de la BCE accroîtrait leur force de frappe
Une solution inspirée du Talf américain se heurterait à la contrainte du AAA. Deutsche Bank préconise un refinancement du Fonds à la banque centrale
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Alexandre Garabedian
A l’heure du «deleveraging», les Etats de la zone euro doivent-ils accroître le levier de la Facilité européenne de stabilité financière (EFSF) ? Tim Geithner, le secrétaire américain au Trésor, le leur aurait suggéré vendredi en Pologne, même si officiellement il n’en a pas été question. Le dirigeant aurait en tête l’exemple du Talf aux Etats-Unis.
Le Talf, ou Term asset-backed securities loan facility, est une facilité de crédit que la Réserve fédérale avait mise en place en novembre 2008, après la faillite de Lehman Brothers, pour permettre à l’économie de continuer à se financer grâce à la titrisation. Elle a été fermée en juin 2010. La Fed pouvait acheter aux banques jusqu’à 200 milliards de dollars de titres ABS, sans recours, adossés à de nouveaux crédits, grâce à une garantie de 20 milliards sur les premières pertes, apportée par le Trésor. Soit un effet de levier de 10 pour un dollar de garantie. En pratique, le Talf a acheté 70 milliards d’ABS.
«L’EFSF pourrait aussi agir comme garantie sur les pertes de la BCE sur ses investissements en obligations souveraines», estiment les analystes crédit de Tullett Prebon. Les 440 milliards d’euros du Fonds, en garantie, permettraient ainsi à la banque centrale de poursuivre ses achats de dette périphériques à hauteur de plusieurs fois ce montant.
Reste que cette mouture se heurterait à plusieurs obstacles. Politiques, d’abord, puisqu’il faudrait la faire approuver par les différents pays contribuant à l’EFSF, alors que les parlements nationaux n’ont pas tous voté la deuxième mouture du fonds. Par ailleurs, «ajouter du levier à l’EFSF pourrait mettre de la pression sur le rating AAA» des pays qui garantissent ses émissions, «notamment de la France», souligne Tullett Prebon.
Les réflexions sur une alliance de la Facilité européenne et de la BCE vont en tout cas bon train. Les économistes de Deutsche Bank préconisent, eux, une solution inverse: transformer l’EFSF en vraie banque, éligible au refinancement de la banque centrale. «Cela lui permettrait de se ‘leverager’ et donc d’accroître ses interventions, sans devoir augmenter les garanties apportées par les pays du cœur de la zone euro», explique Gilles Moec, économiste de la banque allemande à Londres. Et pour la BCE, prendre en collatéral la dette périphérique apportée par l’EFSF serait moins risqué et moins critiquable que son actuel programme d’achats sur le marché.
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