L’Allemagne impose ses conditions aux porteurs de dette bancaire
En plein débat sur la participation des créanciers obligataires à un sauvetage bancaire, l’Allemagne montre la voie. La chambre haute du Parlement, le Bundesrat, a voté vendredi le projet de loi de restructuration bancaire déjà adopté fin octobre par le Bundestag (L’Agefi du 10 novembre). Applicable au 1er janvier 2011, le texte est défavorable aux porteurs obligataires et a déjà provoqué un fort écartement des rendements sur les dettes subordonnées bancaires allemandes.
Outre la création d’un fonds de restructuration alimenté par une taxe sur les banques, la loi prévoit deux procédures en cas de difficulté d’un établissement. La première, une restructuration volontaire, ne bouleverserait guère les droits des créanciers. En revanche, si la tutelle des banques - la BaFin - ou la justice considèrent que cette solution n’est pas viable, une réorganisation s’imposerait aux actionnaires et créanciers. Le texte permettrait alors de forcer une conversion de dette en actions, une réduction du nominal des créances, ou un report des échéances, voire une liquidation.
Pour les analystes crédit de Tullett Prebon, la loi «pourra fortement peser sur les ratings des obligations subordonnées des banques allemandes». BNP Paribas estime que les dettes lower tier 2 des banques allemandes, désormais privées du soutien potentiel de l’Etat dans la grille de notation des agences, pourraient être dégradées de quatre crans. Pour cette catégorie de titres, HSH Nordbank, WestLB, Postbank, Eurohypo et Helaba tomberaient alors en catégorie «junk».
Le cas des créanciers seniors prête davantage à interprétation. En théorie, la loi pourrait également s’appliquer à eux. Mais les analystes crédit de BNP Paribas «ne s’attendent pas à une pression sur les notes seniors». La banque se réfère au précédent britannique. Londres a adopté en 2009 un Banking Act qui rappelle le régime allemand. «Moody’s avait considéré que la Grande-Bretagne n’était pas susceptible d’utiliser le Banking Act pour affecter les créanciers seniors», rappellent les analystes crédit de BNP Paribas.
La mise en place de tels régimes de résolution, qui existent aussi au Danemark et peut-être bientôt en Irlande, devrait inciter les investisseurs à trier encore un peu plus entre les signatures bancaires. Mais le risque est qu'à terme, les restructurations forcées de dettes bancaires se généralisent à toutes les juridictions d’Europe.
Plus d'articles du même thème
-
Nicolas Namias est renouvelé à la tête de BPCE
Le conseil de surveillance a renouvelé le mandat du président du directoire de BPCE pour quatre ans à l'unanimité. -
Kerialis a confié la gestion de son portefeuille de retraite à Sienna et Axa
Le fonds de retraite professionnelle supplémentaire des salariés des cabinets d'avocats met fin à une délégation de gestion de vingt ans confiée à Axa et a sélectionné deux mandataires pour gérer en direct un portefeuille de 1,37 milliard d'euros. -
L'AFG promeut dans un livre blanc la retraite supplémentaire par capitalisation
A l'occasion du Paris Finance Forum organisé ce 9 juin par Paris Europlace, Philippe Setbon, le président de l'association professionnelle, a annoncé la sortie d'un livre blanc promouvant ce régime pour relancer le débat à un an de l'élection présidentielle. -
Rubis contient les nouvelles ambitions d’un actionnaire activiste
Le premier investisseur du spécialiste de la distribution de produits pétroliers n’est pas parvenu à ses fins lors de l’assemblée générale du groupe. -
La Banque du Canada laisse son taux inchangé à 2,25%
Alors que le PIB s’est contracté au premier trimestre, le comité de politique monétaire canadien considère que l’inflation à 2,8% n’est que temporaire, ce qui ne nécessite pas d’intervenir sur les taux. -
Alstom verdit son financement avec une nouvelle obligation hybride
L’émission de 700 millions d’euros conforte, pour l’heure, la notation prisée de l’émetteur en catégorie investisseurs.
ETF à la Une
BlackRock lance à son tour un ETF arrimé à l’économie spatiale
- Derrière l’affaire Uzès Gestion, la délicate question de la direction de fait
- La stratégie d'investissement de détail européenne provoque une poussée de fièvre côté français
- BlackRock lance à son tour un ETF arrimé à l’économie spatiale
- L'allègement du reporting ESG divise à Bruxelles
- Jean-Baptiste Delabare (Montpensier Arbevel) : «La fusion nous a apporté une diversification que nous n'avions pas»
Contenu de nos partenaires
-
Souffler sur les braisesViolences à Belfast : pourquoi les émeutes éclatent si vite au Royaume-Uni
De violentes manifestations anti-immigrés ont éclaté mardi soir dans la capitale de l'Irlande du Nord, après une attaque au couteau attribuée à un ressortissant soudanais -
Voix basseAffaire Lyhanna : pourquoi le RN choisit la retenue
D'ordinaire prompt à s'emparer des faits divers pour imposer ses thèmes de prédilection, le RN réagit avec davantage de retenue à l'affaire Lyhanna. Et mise moins sur la surenchère que sur la dénonciation d'une faillite globale de l'Etat -
« Une célébrité surcotée » : Anthropic publie une version sécurisée de Mythos, son IA surpuissante
Anthropic dévoile une version bridée de son IA ultra puissante. Une annonce retentissante qui sert une stratégie de communication bien huilée : l’accès au public est en fait bordé par des tarifs dissuasifs et des garde-fous stricts