L’accélération de la baisse du rouble met la Russie au pied du mur

Pour enrayer une nouvelle chute libre du rouble, les interventions sur le marché des changes ont repris et Vladimir Poutine a durci le ton.
Patrick Aussannaire

L’addition commence à être salée pour la Russie. Malgré le passage à un taux de change entièrement flexible, la banque centrale russe (CBR) a été contrainte d’intervenir sur le marché des changes la semaine dernière en cédant 700 millions de dollars lundi puis 1,9 milliard mercredi pour enrayer la chute du rouble de 4,4% et 4,5% contre dollar sur les journées de lundi et mardi, accentuée par les inquiétudes quant à l’impact de la baisse des prix du pétrole sur l’économie russe, déjà proche de la récession.

Le pays avait déjà brûlé fin novembre 90 milliards de dollars de réserves de change sur 2014, revenues à 420 milliards.

Si le rouble se reprenait légèrement vendredi de 2%, il a cédé 8% de sa valeur contre le billet vert sur la seule semaine dernière, et 43% depuis début septembre. Vladimir Poutine a durcit le ton jeudi en promettant des sanctions «sévères» contre les spéculateurs, à l’origine selon lui de la chute du rouble, et a exhorté les exportateurs du pays à intensifier la conversion de leurs revenus en devise locale. «La CBR est passée en taux de change flexible mais ça ne signifie pas qu’elle a complètement abandonné son influence sur le rouble et que le taux de change peut devenir une cible de la spéculation financière», a averti le président russe.

«Il est clair que les autorités cherchent les mesures les plus efficaces pour contenir les pressions sur le rouble. Elles pourraient revêtir une forme réglementaire (comme celles souhaitées par Vladimir Poutine qui produiraient les mêmes effets qu’un contrôle des capitaux), avec une intervention accrue de la CBR sur le marché des changes», estime CA CIB. D’autant que la chute du rouble a déjà conduit à une hausse de l’inflation de 0,8 point sur un mois à 9,1% en novembre. Cette dernière pourrait même dépasser le seuil des 10% au premier trimestre 2015, selon BNP Paribas.

Dans ce contexte, les marchés attendent une poursuite du durcissement monétaire, avec un taux de swap à un an qui s’est tendu de 100 pb la semaine dernière, à 14,08%. BNP Paribas table désormais sur une nouvelle hausse des taux directeurs de 150 pb à la réunion de la CBR qui se tient cette semaine pour les porter à un niveau de 11%. Si une hausse des taux semble nécessaire, SG CIB précise néanmoins que «des mesures de resserrement de la liquidité sur le marché monétaire s’imposent également» pour limiter les risques d’instabilité financière.

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