L’abandon du programme de privatisation met à mal la crédibilité espagnole
Les conditions de marché mettent à mal les objectifs budgétaires espagnols. Le gouvernement de Jose Luis Zapatero a annoncé hier la suspension sine die de l’introduction en Bourse de 30% du capital de l’opérateur de loterie national, Loterias y Apuestas del Estado, mesure phare de la crédibilité budgétaire du pays auprès des investisseurs qui devait rapporter entre 7 et 9 milliards d’euros. «Pour le moment, les conditions de marché sont très différentes de celles qui prévalaient lors du lancement de l’opération en avril dernier, et Loterias, dûment conseillée, estime que ces conditions ne permettent pas de garantir une cession qui reflète sa valeur réelle» a indiqué le gouvernement.
Le groupe avait commencé ces derniers jours à sonder l’intérêt des investisseurs pour l’opération, qui devrait avoir lieu entre le 18 et le 20 octobre. La chute de la valorisation du groupe, qui a réalisé 2,6 milliards d’euros de bénéfices en 2010, de 21 milliards d’euros en avril à 17 milliards (baisse de 20%) aurait décidé Madrid à faire marche arrière. «Ça aurait été perçu comme si Jose Luis Zapatero vendait les joyaux de la couronne à un prix soldé» estime un conseil.
Cette annonce surprise est de mauvais augure pour le projet de privatisation des aéroports de Madrid et Barcelone, dont l’Etat espérait tirer au moins 3,7 milliards d’euros. La farouche opposition du Parti populaire, donné favori aux élections du 20 novembre, au programme de privatisation lancé par le gouvernement, laisse craindre un abandon des projets qui pourrait peser à court terme sur la confiance des investisseurs dans la capacité du pays à atteindre son objectif de réduire son déficit public à 3% du PIB d’ici 2013 (contre 9,2% en 2010).
Ce sont au total plus de 13 milliards d’euros que l’Etat comptait tirer des privatisations, censées réduire d’environ un tiers les besoins de financement de l’Etat espagnol pour 2011. L’Espagne a une tombée de remboursement d’obligations de 14 milliards d’euros d’ici la fin de l’année et des billets de trésorerie qui arrivent à maturité d’un montant de 23 milliards. Les marchés semblaient pourtant accorder une plus grande confiance à l’Espagne. Suite au lancement du programme SMP par la BCE, les taux à 10 ans espagnols sont revenus à 5,08% hier, alors que les taux italiens ont remonté à 5,64%, soit un spread de 56 bp au plus haut depuis janvier 2009.
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