La zone euro paie cher sa crise bancaire
Une facture à 137 milliards d’euros. Tel est au bas mot le coût net cumulé du soutien des Etats de la zone euro à leur secteur financier entre 2009 et 2012, selon les calculs d’Eurostat communiqués hier. A l’échelle de l’Union européenne, la perte est quasiment identique, à 140 milliards. L’office européen estime à 0,57% du PIB de la zone euro la charge enregistrée en 2012. Rapportés à la dette, depuis le début de la crise, les sauvetages passés et en cours des secteurs financiers des Dix-Sept sont bien plus coûteux, à 5,5 points de PIB.
C’est la première fois qu’Eurostat évalue aussi nettement le coût de la crise bancaire sur le Vieux continent. Il ne s’agit que de la charge directe relative au soutien des Etats, indépendamment de la perte de PIB et de croissance potentielle que la crise financière a pu causer dans la région depuis qu’elle a éclaté en 2007. Pour arriver à ces montants, Eurostat comptabilise, d’une part, les apports en capitaux augmentant le déficit et les intérêts payés sur la dette émise pour financer ces apports. L’office statistique retranche, d’autre part, les dividendes, intérêts et commissions de garantie reçus en rémunération de ces soutiens.
L’écart entre l’impact budgétaire cumulé entre 2009 et 2012 (autour de 1,5 point de PIB) et les 5,5 points de dette vient d’une différence de méthode. Lorsqu’Eurostat considère un sauvetage comme un investissement, avec espoir de retour à meilleure fortune, elle le comptabilise en dette mais pas en déficit; un soutien à fonds perdus, lui, touchera les deux indicateurs. Le cas Dexia en est l’illustration. Le premier renflouement de 2008 avait été traité comme un investissement, contrairement à celui de fin 2012, qui a contribué à dégrader de 0,6 point le déficit de la Belgique l’an dernier.
La Grèce et l’Espagne apparaissent en toute logique comme les grandes perdantes de 2012. Le soutien aux banques, laminées dans le premier cas par la restructuration de la dette publique et dans le second par l’éclatement de la bulle immobilière, leur a coûté respectivement 4 et 3,6 points de PIB. L’Espagne a donc fini l’année loin des prévisions avec un déficit public à 10,6% l’an dernier alors que la Commission européenne tablait sur un point de chute à 10,2% et le gouvernement à 7% hors crise bancaire.
Athènes et Madrid figurent ainsi aux deuxième et troisième rangs des sauvetages les plus coûteux pour les finances publiques dans l’Union européenne depuis 2007. Le record est fermement tenu par l’Irlande, avec 20 points de PIB en 2010, loin devant le coût budgétaire brut des crises bancaires des années 90 au Japon (14% du PIB, selon le FMI) et en Finlande (12% du PIB). Le dernier rapport de la Troïka sur le programme d’aide à Dublin témoigne de la profondeur du mal, avec une baisse des crédits sur un an de 3,9% aux ménages et de 3,6% aux entreprises non financières, un rythme de contraction à peu près stable depuis 2010.
«Il est probable que le soutien aux institutions financières continuera à avoir un impact substantiel sur les déficits/excédents individuels des Etats membres de l’UE en 2013», estime Eurostat. La mise sous tutelle de SNS Reaal aux Pays-Bas et l’effondrement du système bancaire chypriote en offrent deux récents exemples.
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