La vraie nature du Brexit
En France, se prendre pour Napoléon peut conduire au cabanon ; au Royaume-Uni, se prendre pour Churchill peut faire un Premier ministre. Le Brexit que prépare l’échevelé Boris Johnson, admirateur passionné mais approximatif de son illustre devancier, se présente sous des auspices si désastreux que parler de Brexit n’a plus de sens. Si ses projets, tels qu’on peut les apercevoir, vont à leur terme, il s’agira de bien pis, d’une véritable révolution dont le traumatisme ira très au-delà de la déchirure avec l’Europe. C’est sur sa tradition, ses alliances, sa structure même que le Royaume-Uni va être acculé à des choix radicaux, auxquels ne songeaient pas les citoyens lors du référendum de 2016 mais qui se profilent à grande vitesse au vu des initiatives de leur flamboyant « Premier ».
Le choc économique que constituera un « no deal Brexit » ne fait plus guère débat, au vu des dernières estimations officielles en Grande-Bretagne même. C’est une cruelle épreuve que Boris Johnson va imposer à ses compatriotes, sanctionnée par un appauvrissement sévère et durable. Ceux-ci y sont peut-être résignés, mais ne l’ont pas vraiment anticipé ; c’est un premier défi redoutable lancé à l’économie, dont dépend le rang du pays dans le monde.
Mais le positionnement politique du locataire de Downing Street en laisse prévoir d’autres, plus vertigineux encore. Sa décision de suspendre le Parlement, pour une durée exceptionnelle dans une conjoncture politique qui ne l’est pas moins, a ouvert, sous couvert de légalité, une crise institutionnelle majeure : elle porte un coup terrible au parlementarisme, pilier capital de l’identité nationale. Son intention est claire comme le jour : assurer, en préparant à sa main une élection générale inévitable, la prééminence future du parti conservateur par une alliance avec les partisans de Nigel Farage, revenus au bercail après un Brexit conforme à leurs vœux. Que cette considération politicienne passe avant la stabilité des institutions et l’unité même du pays, où elle ne peut que renforcer le séparatisme écossais, en dit long sur le chemin que M. Johnson est prêt à parcourir pour assurer son pouvoir.
Il pourrait bien le conduire à Canossa. Pour survivre, M. Johnson a besoin d’alliés étrangers. C’est par un accord commercial avec les Etats-Unis et le soutien de Donald Trump que passera son avenir personnel. La Grande-Bretagne n’a plus les moyens de tenir seule son rang ; ce que l’Europe ne pourra plus lui offrir, une place éminente au sein d’un ensemble politique d’envergure planétaire, le chef du gouvernement britannique devra le rechercher auprès de son « partenaire privilégié ». Celui-ci, en pleine reconsidération de ses alliances et priorités stratégiques, exigera un alignement, ou au moins une mise en orbite, pour prix de sa bienveillance. Si M. Johnson l’emporte, le Brexit ne signifiera pas éloignement, mais inféodation et fracture. Pour l’Europe aussi, où le refus britannique d’honorer ses engagements financiers ne fera qu’ajouter à l’acrimonie prévisible, c’est une nouvelle ère qui s’ouvrira.
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