La volatilité des matières premières agricoles au cœur des réflexions des régulateurs
La crise russe du blé de cet été, marquée par une volatilité extrême des prix de la céréale, est un parfait exemple de la sur-réaction des marchés financiers à des tensions sur le marché physique des matières premières agricoles. Empêchant les producteurs de se projeter à long terme, cette volatilité est au cœur du rapport d’étape «Prévenir et gérer l’instabilité des marchés agricoles» présenté hier, lors des Matinales de l’EIFR (European Institute of Financial Regulation), par Christian de Boissieu, président délégué du Conseil d’analyse économique et président du Conseil stratégique de l’agriculture et de l’agro-industrie durables.
Le renforcement de la transparence sur le marché de gré à gré des matières agricoles fait partie des principales réflexions proposées par Christian de Boissieu, Jean-Pierre Jouyet, président de l’AMF, et Serge Guillon, contrôleur général économique et financier, dans le cadre de la présidence française du G20. Le professeur universitaire a appellé lundi à «une mise en commun des statistiques et des informations pour une meilleure compréhension du marché OTC». Selon le rapport, l’Europe peut s’inspirer de l’exemple américain de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) qui publie les informations par catégorie d’acteurs et fixe des limites de position, mais elle doit aussi garder les spécificités de son marché à terme et de ses acteurs.
Alors que la migration des produits dérivés agricoles vers des marchés réglementés et des chambres de compensation viendrait répondre à ce souci de transparence, Christian de Boissieu évoque l’idée de la mise en place d’une taxation explicite ou implicite, et de l’utilisation d’incitations pour amener les banques à aller vers les marchés organisés. Pour gérer les crises, les réflexions se sont orientées sur l’élaboration d’un code de bonne conduite en matière de politique globale des stocks.
La réglementation des marchés physiques et celle des marchés financiers étant indissociables, le groupe envisage, pour l’Europe, un élargissement des compétences des régulateurs financiers et la création d’une agence de régulation des marchés physiques. Et face au déficit de gouvernance mondiale en matière agricole, les rédacteurs conseillent la mise sur pied d’un «forum de stabilité agricole» qui serait le «quasi-secrétariat du G20 pour les questions relatives à l’agriculture».
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