La Turquie peine à choisir entre croissance et lutte contre l’inflation

La banque centrale a de nouveau réduit ses taux de refinancement malgré la force de l’inflation, mais conserve un taux plafond inchangé à 12%
Patrick Aussannaire

La banque centrale turque (CBRT) pilote sa stratégie monétaire sous contrainte politique. En baissant une nouvelle fois ses taux directeurs hier, la CBRT est ainsi revenue sur une bonne partie du resserrement consenti en janvier pour enrayer la chute de la livre turque qui menaçait la stabilité des prix. Le taux de refinancement à une semaine a ainsi été assoupli de 50 pb à 8,25%, tout comme le taux d’emprunt, ramené à 7,5%.

De quoi faire chuter la livre turque de 0,5% hier contre dollar. Si la devise avait regagné 13% après les mesures de durcissement monétaires prises en janvier, elle a ensuite cédé plus de 3% depuis le début de l’assouplissement engagé mi-mai. Le ralentissement de l’inflation à 9,2% en juin a certes donné des marges de manœuvre à la CBRT pour assouplir davantage ses conditions monétaires, mais elle reste loin de sa cible de 5%. La CBRT a mis en avant hier «les prix alimentaires élevés» comme principal facteur limitant la baisse de l’inflation, ainsi que «l’amélioration des conditions de liquidités globales» pour motiver sa décision.

Mais c’est surtout la pression du gouvernement pour soutenir l’activité avant les élections présidentielles en Turquie prévues le 10 août qui a motivé cette décision. Natixis prévoit une croissance de 3% cette année et 3,7% en 2015. Dans ce contexte, «la CBRT souhaite poursuivre la baisse des taux tant que le taux de change restera sous contrôle», selon BNP Paribas. Le consensus anticipe une nouvelle baisse du taux de refinancement à une semaine de 50 pb en août et un retour du taux au jour le jour sur ses niveaux d’avant janvier. La baisse des taux réels en territoire négatif risque néanmoins de faire revenir le pays à sa situation de janvier, selon Citigroup.

Le taux de prêts au jour le jour a néanmoins été maintenu hier à 12%, comme le taux sur les facilités de prêts pour les «primary dealers» opérant sur le marché repo à 11,5%. En maintenant un couloir de taux important et asymétrique à la hausse, la CBRT a conservé des munitions pour resserrer ses conditions monétaires. «La CBRT a ainsi renforcé son message qu’elle ne tolérera pas une dépréciation de la livre en conservant sa capacité à faire revenir les taux de marché à 12% si nécessaire», explique BNP Paribas.

Depuis son point haut du 25 mars, le rendement des titres turcs libellés en dollar s’est détendu de 132 pb pour revenir à 4,47%.

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